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Renverser le déclin européen

Un groupe de sages demande d’ouvrir cinq chantiers pour préserver la place de l’Europe dans le monde

Cette mise en garde ne doit pas passer inaperçue. Elle est adressée par un bouquet de personnalités européennes qui, ayant occupé des positions clés dans le passé, ont le flair nécessaire pour évoquer l’avenir. Parmi elles, Jacques Delors, Pascal Lamy… Ils adressent leur message aux futures autorités européennes qui se mettent en place maintenant et qui vont façonner l’Europe de demain.

Le préambule d’abord. Si le G7 (le prestigieux club des pays les plus industrialisés, mis sur pied dans une autre ère (1975) par le président français Valéry Giscard d’Estaing) était vraiment représentatif, aucun pays européen n’en ferait plus partie en 2050. L’Allemagne, le Royaume-Uni, la France et l’Italie y seraient remplacés par la Chine et autres puissances émergentes.

«Mais si elle le voulait, l’Union européenne (UE) pourrait en faire partie, écrivent les sages. Nous ne pouvons contribuer à renforcer notre place et notre rôle sur la scène internationale qu’en nous donnant des objectifs concrets à court et à moyen termes.» Pascal Lamy et ses amis reconnaissent tacitement le phénomène du déclin du continent européen tant sur le plan militaro-industriel-économique que sur le plan de la démographie. Mais ce n’est pas une raison de baisser les bras. Ce qu’ils proposent, c’est, évident, un projet collectif.

Que proposent-ils au fait? Ce qui est dicté par le bons sens.

Ils demandent en effet d’ouvrir cinq chantiers. Le premier concerne la puissance militaire, source d’affirmation. Frappés par la crise, les Etats européens ont sabré leur budget de défense de façon drastique ces dernières années. Résultat: l’Europe n’est même pas capable de mener seule une intervention à l’étranger. «Nous devons accélérer la mise en place de mécanismes de gestion collective de crise et enrayer la baisse de nos capacités militaires», recommandent-ils.

La crise ukrainienne a mis en évidence la question de dépendance énergétique de l’Union. Les sages demandent de coordonner les efforts pour assurer la sécurité d’approvisionnement de l’énergie.

Troisièmement, ils reconnaissent que le problème de l’immigration ne sera pas résolu de sitôt et que, malgré ses faiblesses, l’Europe restera attractive pour des millions de jeunes dans le monde. Le groupe appelle «à la solidarité dans la lutte contre l’immigration clandestine, tout en demandant que l’Europe mette en place une politique active d’immigration légale qui permette de relever le défi de notre déclin démographique».

Ensuite, la source de croissance pour l’Europe ne se trouve plus à l’intérieur du continent, mais dans les économies dynamiques d’Asie, d’Afrique et d’Amérique du Sud. «Nous devons aider nos entreprises à bénéficier de la croissance des marchés émergents et promouvoir nos normes dans le cadre de notre politique commune», écrivent-ils.

Et enfin, ils font remarquer que l’Europe ne peut pas vivre dans un îlot de prospérité même relative, entourée d’un océan de misère. Les sages demandent «de s’engager plus activement auprès de nos voisins».

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