éditorial

Et si Genève gagnait au poker énergétique?

Les autorités genevoises font confiance à la géothermie

Editorial

Et si Genève gagnait au poker énergétique?

Genève emprunte décidément, en matière énergétique, des chemins différents des autres cantons. Alors que le découragement gagne, en Suisse, les promoteurs de la géothermie profonde, les autorités genevoises sont prêtes à investir des dizaines de millions de francs à court terme, et des centaines de millions à long terme, pour développer une forme d’énergie qui commence à faire peur.

Car si dans l’esprit de la population énergie nucléaire rime avec déchets et danger de nuage toxique, la géothermie commence à être associée au risque de tremblement de terre. Bien que légères, les secousses provoquées par les projets de Bâle et de Saint-Gall ont douché le fol espoir de la Confédération et des électriciens de parvenir à remplacer à moyen terme une grande partie du courant nucléaire par de l’électricité géothermique. Les industriels, tout particulièrement, ont besoin de ce courant de base qui ne dépend pas des conditions météorologiques en Europe ou en Suisse. Le nucléaire le fournit, s’il ne vente pas et que le soleil est aux abonnés absents. La géothermie profonde aussi, avec l’avantage de ne générer aucun déchet et d’être vraiment une énergie renouvelable. Produire de l’eau chaude grâce à la géothermie est facile. Forer en grande profondeur pour en tirer de la vapeur, source d’électricité abondante, devient par contre un objectif sans cesse plus éloigné.

Il y a quelques années, le groupe zurichois Axpo pensait que la géothermie pouvait contribuer à près du tiers de l’approvisionnement suisse en électricité. La Confédération, qui compte sur les cantons, souvent propriétaires du sous-sol, pour développer cette énergie, a nettement réduit ses ambitions en tablant sur moins de 15% à l’horizon 2050. Récemment, il a été décidé de puiser dans le fonds de soutien à la géothermie pour accélérer la promotion du solaire. A ce signe de découragement fédéral s’ajoute une levée d’oppositions au projet jurassien, le gel de celui d’Eclépens (VD), et la sortie partielle des autorités locales du projet de Lavey (VD). Dans ce contexte, la démarche genevoise va sans doute redonner le moral aux partisans de la géothermie. La manière prudente et progressive d’engager ce dossier à Genève, contrairement à ce qui a été fait avec l’éolien, est de bon augure. L’avenir dira si le canton joue habilement la carte adéquate pour sortir du nucléaire. Mais il faudra, pour cela, convaincre et rassurer une population généralement méfiante devant les puits de forage.

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