éditorial

La Suisse ne se sauvera pas toute seule

Il faut d’abord reconnaître à Ueli Maurer un profond respect de la volonté populaire. Mais sa vision de l’armée participe de l’isolement grandissant de la Suisse

Ne nous montrons pas trop grognons avec le ministre de la Défense. En bon terrien, il s’est résigné à la sagesse populaire selon laquelle «nul ne peut contenter tout le monde et son âne».

Son projet curieusement appelé «développement de l’armée» – bien qu’il s’agisse d’abord d’en réduire les effectifs à 100 000 hommes – colle à ce qu’il avait annoncé. Pas de surprise.

En bon tacticien, il a su conserver l’enveloppe de 5 milliards que lui a décrochée le parlement contre l’avis du Conseil fédéral. Quel ministre n’en aurait pas fait autant?

Il faut d’abord reconnaître à Ueli Maurer un profond respect de la volonté populaire exprimée contre l’achat du chasseur Gripen. Ce n’est pas si courant en ces temps, où de partout on cherche à éviter une application conséquente de l’initiative «Contre l’immigration de masse». Le ministre de la Défense, pour sa part, n’envisage pas de relancer l’achat d’un nouvel appareil avant la fin de vie programmée des actuels F/A-18, aux environs de 2025. Même si à droite certains le poussent à accélérer la procédure.

Ensuite, Ueli Maurer connaît son monde. Il sait que toute autre version, 140 000 soldats comme le réclame l’UDC, ou 50 000 selon le rêve socialiste, n’a aucune majorité devant le parlement. La réduction des jours de service, le rééquipement des troupes au sol ou la défense aérienne au moyen de drones ou de systèmes antimissiles ne sauraient être sérieusement contestés ni par l’économie, qui rechigne à libérer sa main-d’œuvre pour les cours de répétition, ni par la gauche, qui a brandi l’argument des drones et des systèmes sans pilote pour s’opposer à l’achat des avions de combat.

Enfin, contrairement à ce que prétendent ses détracteurs, Ueli Maurer n’est pas obtus au point d’ignorer les nouvelles menaces, cyberattaques, terrorisme, déstabilisation, catastrophes climatiques.

Mais la réponse qu’il y apporte, tout empesée de l’idéologie du réduit national et du mythe de la neutralité absolue, mérite une sérieuse résistance. Parce que, en ces temps de commémoration, l’histoire des deux guerres mondiales nous rappelle toute la souplesse dont les dirigeants de l’époque étaient capables sur la question de la neutralité.

Or, au nom de l’absolutisme idéologique qui règne à l’UDC, on a jusqu’ici superbement ignoré le postulat du Conseil des Etats de 2011 préconisant un renforcement de la coopération suisse au sein de l’architecture de sécurité européenne. Comme neutre et non-membre de l’OTAN ou de l’UE.

L’UDC vient d’ailleurs de demander notre retrait du Partenariat pour la paix, un observatoire où la neutralité est respectée.

Le conflit en Ukraine nous le rappelle: il n’y a pas de salut dans l’isolement. On ne se sauve jamais seul.

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