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Des équipements médicaux au rabais? Non merci

Pierre-Antoine Hildbrand, secrétaire général de Vaud cliniques, s’inquiète du souhait du conseiller d’Etat Pierre-Yves Maillard de contrôler l’installation et le renouvellement de nouveaux équipements médicaux importants

Des équipements médicaux au rabais? Non merci

Les pouvoirs publics, les entreprises concernées et les médias constatent et encouragent l’émergence d’une «Health Valley» romande, avec ses hautes écoles, ses établissements de recherche et de soins publics et privés, ses entreprises pharmaceutiques et de biotechnologie. Si les progrès techniques sont souvent salués, ils suscitent aussi depuis longtemps des résistances. Elles se concentrent à tort sur la technologie elle-même plutôt que de tenter de remédier à ses seules conséquences négatives.

C’est ainsi que certains ouvriers anglais, les luddites, se livrèrent entre 1811 et 1817 à la destruction des machines à fabriquer les bas dont la production les ruinait. En Suisse, en 1832, une foule en colère saccagea à Uster une filature et un atelier de tissage mécanique. Cet assaut avait pour toile de fond la détresse des petits fabricants de drap et de tisserands à domicile et le fait que le Grand Conseil zurichois n’avait pas accédé à une revendication d’une interdiction des machines à tisser. Plus récemment, en 1934, Arthur Maret, syndic socialiste de Lausanne, tenta de proscrire les pelles mécaniques afin de préserver les emplois dans le contexte dramatique de la Grande Dépression.

Le conseiller d’Etat socialiste vaudois Pierre-Yves Maillard a, pour sa part, mis en consultation un projet de loi visant à contrôler l’installation et le renouvellement de nouveaux équipements médicaux importants. L’idée est de lutter contre la hausse des coûts de la santé qui influence le niveau des primes d’assurance maladie obligatoire.

Si la loi est adoptée, le Conseil d’Etat autorisera ou non les scanners, l’imagerie par résonance magnétique (IRM), toutes les installations de radiothérapie, les appareils de chirurgie robotique, les salles d’opération, etc. Tous les équipements publics et privés sont concernés, même s’ils sont financés uniquement par des acteurs privés comme des cliniques ou des médecins. Au moyen d’un concordat, d’autres cantons pourraient aussi être soumis à cette planification.

Personne ne conteste que l’Arc lémanique possède un haut niveau d’équipements médicaux. Cela résulte de plusieurs facteurs. Le nombre d’établissements de soins aigus est important. La population est habituée à pouvoir être examinée et soignée rapidement en cas de maladie ou d’accident, des habitants des régions voisines et de l’étranger viennent s’y faire soigner.

M. Maillard contrôle déjà l’installation des médecins. Pourquoi les priver des outils nécessaires à l’exercice de leur profession? Surtout s’ils ne font qu’appliquer les méthodes enseignées. On imagine mal le Conseil d’Etat enfreindre la liberté académique et inciter les professeurs de médecine à revoir les évaluations cliniques en restreignant l’usage trop systématique de certains équipements médicaux.

M. Maillard considère ensuite que les actes médicaux effectués grâce à ces technologies sont particulièrement bien rémunérés. Il ne tient pourtant qu’à lui et au conseiller fédéral socialiste Alain Berset d’agir sur les prix. Pour paraphraser Isaac Asimov, si la science peut créer des problèmes économiques, ce n’est pas l’interdiction d’une technologie qui les résoudra.

Il est particulièrement préoccupant de lire dans l’argumentaire du Conseil d’Etat que «dans de nombreuses situations la population peut comprendre qu’un délai raisonnable peut être acceptable pour des prestations non urgentes». La disponibilité de certains équipements permet des diagnostics et des interventions rapides. Le cancer, par exemple, est la deuxième cause de mortalité en Suisse, après les maladies cardiovasculaires. Vouloir freiner les nouvelles techniques médicales pour des motifs financiers est un choix à court terme.

De deux choses l’une, soit la planification est réellement mise en œuvre et elle rationnera les soins, soit il ne s’agit que d’annonces et la clause du besoin n’aura d’autre conséquence que de ralentir le renouvellement des équipements, en y ajoutant un processus administratif superflu et susceptible de recours devant les tribunaux, avec tous les retards que cela pourrait engendrer.

Les Suisses consacrent une partie importante de leur revenu à leur système de santé (10,9% du PIB en 2012). En contrepartie, ils bénéficient du libre choix du médecin et de l’établissement de soins, d’une vaste gamme de traitements de qualité, et ce dans des délais brefs. Une planification étatique des équipements médicaux lourds met en danger ces acquis et doit être combattue.

Secrétaire général de Vaud Cliniques

Pierre-Yves Maillard contrôle déjà l’installation des médecins. Pourquoi les priver de leurs outils?

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