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Pourquoi la Catalogne ne peut-elle pas voter?

Le président de la Catalogne, Artur Mas, s’insurge contre le gouvernement espagnol qui oppose la Constitution espagnole à sa région. Il annonce que les élections parlementaires catalanes auront valeur de référendum légal et contraignant sur la question de l’indépendance

Pourquoi la Catalogne ne peut-elle pas tenir un référendum légal?

Le droit de vote est un des droits les plus précieux dans toute démocratie. Tous les autres droits sont, dans une certaine mesure, la conséquence directe du droit des citoyens d’exprimer leur opinion sur des sujets importants au moyen de leurs votes. En Catalogne, une large majorité de citoyens veulent décider de l’avenir politique de ce territoire, et voter sur la question de savoir s’ils veulent continuer à faire partie de l’Espagne ou devenir un Etat indépendant.

Pour cette raison, le 9 novembre, 2 305 290 personnes ont voté lors d’un processus participatif singulier et exemplaire. Il était singulier, car il se tenait en dépit de l’opposition claire du gouvernement espagnol. Il était également singulier parce qu’il se déroulait au milieu d’une cyberattaque très professionnelle avec une visée politique claire, qui a mis en danger les services de base fournis aux citoyens par le gouvernement catalan. Il était singulier, enfin, parce que le gouvernement espagnol a tenté par tous les moyens possibles, y compris les menaces juridiques, d’effrayer les citoyens pour les empêcher de voter.

Mais le vote a été exemplaire parce que, malgré les menaces, plus de 2,3 millions de personnes n’ont pas eu peur et sont allées voter, avec un taux de participation similaire à celui des dernières élections européennes, organisées, elles, sans obstacles et avec un plein soutien officiel. Jeunes et moins jeunes, nés ici et ailleurs: tous les habitants de Catalogne âgés de plus de 16 ans étaient invités à donner leur opinion. Par un vote, comme cela se fait partout dans le monde démocratique. Le vote a aussi été exemplaire parce que les gens sont allés voter avec un sourire au visage et de l’émotion dans les yeux, qu’ils s’agissent de grands-parents de 90 ans ayant vécu la guerre civile espagnole ou de jeunes qui se rappellent à peine qui était le dictateur Franco. Enfin, le vote a été exemplaire parce que c’était une nouvelle mobilisation pacifique et massive, comme on en voit peu dans le monde. Dans sa déclaration finale, une délégation internationale pluripartite d’observateurs parlementaires a affirmé: «Le vote s’est déroulé avec succès dans des conditions difficiles.»

La question que tout le monde se pose maintenant en Catalogne est la suivante: pourquoi les Catalans ne peuvent-ils pas voter lors d’un référendum légal comme cela a été le cas au Québec ou en Ecosse? Sommes-nous des citoyens de second rang? Par respect pour les valeurs démocratiques que nous partageons avec le reste de l’Europe, je crois que nous avons atteint le point où il nous faut poser cette question au-delà de nos propres frontières, en dépassant l’affirmation selon laquelle «c’est une question interne que l’Espagne doit résoudre». Pourquoi les Catalans ne peuvent-ils pas voter? Nous ne vous demandons pas de vous engager pour le oui ou pour le non, mais simplement de reconnaître notre droit de voter.

Le président Rajoy et le gouvernement espagnol répètent encore et encore le même argument: voter est illégal parce que la Constitution espagnole l’interdit. Ce n’est pas vrai. La Constitution interdit peut-être la sécession, mais elle n’interdit pas de connaître l’opinion des citoyens à propos d’un sujet aussi important. En outre, la Constitution n’est en réalité qu’une loi, certes très importante, mais rien qu’une loi. Et pour bien fonctionner, les lois doivent servir les citoyens, pas l’inverse.

En Catalogne, nous serions ravis de voir le gouvernement espagnol mener une campagne pour le non et essayer de nous convaincre de rester en Espagne, comme l’a fait le gouvernement britannique avec sa campagne «Better Together» lors du référendum écossais. Mais au lieu de cela, nous avons un gouvernement qui méprise et menace la Catalogne, et qui, en outre, traite de «farce inutile» et «antidémocratique» une des plus grandes mobilisations publiques en Europe. Evidemment, cela ne fait qu’accroître le nombre de personnes favorables à l’indépendance.

La Catalogne est un vieux pays, une nation tenace et résistante, qui a lutté pour garder sa langue, sa culture et son identité tout en ayant un désir d’autonomie dans le cadre d’une Union européenne plus intégrée. Nous sommes maintenant décidés à obtenir un vote définitif sur notre avenir, qui ne peut malheureusement pas être un référendum comme ceux qui se sont tenus au Québec ou en Ecosse. Nous ne voulons nuire à personne, et encore moins à nos amis et voisins espagnols, mais nous avons l’obligation de connaître la volonté de la majorité du peuple sur une question aussi fondamentale.

La Catalogne mérite une réponse, et cette réponse aura la forme d’un bulletin de vote et d’une urne lors des élections plébiscitaires. S’il y a un consensus suffisamment fort, nos élections parlementaires catalanes seront notre référendum légal et contraignant sur l’indépendance.

Président de la Catalogne

S’il y a un consensus assez fort,nos élections catalanes seront notre référendum légalet contraignantsur l’indépendance

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