éditorial

Super Guerriers

L’apparition d’automates toujours plus sophistiqués sur le champ de bataille est porteuse de nombreux changements. Encouragera-t-elle la guerre?

Editorial

Super Guerriers

Des Super Guerriers sont en train d’investir le champ de bataille. Ils se déplacent plus vite, frappent plus fort et résistent mieux aux coups que les combattants ordinaires. Surtout, ils ne connaissent pas la peur, ce qui leur permet de garder leur sang-froid en toutes circonstances et de mener à terme leurs missions là où d’autres auraient abandonné. Ces nouveaux acteurs sont les robots et autres drones plus ou moins autonomes que l’industrie militaire a inventés ces dernières années.

D’aucuns perçoivent cet avènement comme un bouleversement radical de la guerre. Un événement comparable seulement à l’invention de la bombe atomique. D’autres, plus prudents, attendent de voir. Ils observent que ces armes donnent leur pleine mesure dans les environnements «permissifs», lors des guerres de basse intensité. Et qu’en situation d’hostilités ouvertes, lorsque l’ennemi mobilise tous ses moyens défensifs, leurs avantages comparatifs disparaissent rapidement.

La portée exacte du changement reste à confirmer mais pas le changement lui-même, qui a commencé à produire toutes sortes d’effets. En termes militaires, l’intervention des drones, en attendant d’autres engins plus autonomes, modifie les chaînes de commandement et la disposition des troupes sur le terrain. A un niveau géopolitique, elle accentue le déséquilibre existant entre les pays technologiquement avancés, à la tête desquels figurent les Etats-Unis, et les autres.

L’enjeu majeur, cependant, est l’impact de ces nouvelles armes sur l’existence même des conflits. Les robots représenteront-ils une arme de dissuasion massive dans un certain nombre de situations, au point de refroidir des va-t-en-guerre? Ou constitueront-ils au contraire un encouragement à s’engager dans des hostilités, dans la mesure où ils remplacent des combattants de chair et d’os dans des missions à hauts risques et promettent de réduire quelque peu le coût humain des interventions militaires? Il existe un mot pour désigner ce danger: la «dépolitisation». Quand, d’un côté au moins, mener une guerre ne comporte plus le même coût politique.

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