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Le niqab au Tessin: nos valeurs passent avant le tourisme!

Pour la journaliste Mireille Vallette, la liberté des femmes prime sur les considérations financières. Aussi soutient-elle sans réserve les Tessinois qui ont banni, à une grande majorité, le voile intégral

Le niqab au Tessin: nos valeurs avant le tourisme

Alerte rouge! Le Tessin va perdre des millions si l’initiative «anti-burqa» est appliquée. Une précision d’abord: je l’appellerai de son vrai nom, niqab, réservant la burqa qui couvre aussi les yeux à la prochaine avancée obscurantiste.

Le 23 mars, Le Temps attirait notre attention sur les problèmes kafkaïens que pourrait soulever l’application – ou une partie de l’application – de cette initiative plébiscitée par plus de 65% des Tessinois. Comment tel charmant réceptionniste d’hôtel osera-t-il dire à une femme masquée qu’elle n’est pas désirée chez nous? Et si l’on faisait une exception pour le tourisme, comment reconnaître une femme du Golfe d’une résidente?

Dans la balance, des millions de francs d’un côté et une valeur toute bête de l’autre: des femmes libres. Une valeur qui interdit la présence d’un symbole terrifiant de leur asservissement appliqué depuis plus d’un millénaire dans la sphère musulmane. Et qui se porte de plus en plus, de gré ou de force, dans le chaos féroce des luttes islamistes.

La valeur «femmes libres», elle, va chercher dans les combien?

Zéro franc pour ceux qui ont pour priorité le dieu dollar, soit les gains touristiques.

Zéro franc pour les communautés musulmanes, quasi unanimes à s’opposer à l’interdiction du niqab. Des communautés promptes à hurler à l’islamophobie, mais tellement pressées d’ainsi l’alimenter. Même le soi-disant progressiste (et Vert) chef de l’Union vaudoise des associations musulmanes (UVAM) Pascal Gemperli est pour le foulard dans les rues, dans toutes les professions y compris les enseignantes, sur la tête des fillettes à l’école et pour le libre niqab.

Zéro franc pour nos politiciens qui n’ont de cesse de faire le lit de l’obscurantisme par ces slogans: «Halte aux discriminations! Vive les symboles de discrimination!» «A bas le radicalisme! Vive les symboles du radicalisme!»

Ces politiciens, socialistes et Verts en tête, votent contre chaque interdiction, souvent au nom de lois ou de conventions. Comme si lois et conventions n’avaient pas été écrites par des humains et à ce titre modifiables par eux.

Nous devons déjà à ceux qui nous gouvernent des avancées de musulmans attachés à une doxa archaïque et liberticide: foulards, niqabs, burkinis (tous trois répulsifs de la libido masculine), sexisme des mosquées, séparatisme des cimetières, fièvre des rites, déclin de la liberté d’expression, champ libre à l’essor des groupes extrémistes. Pas plus tard que le samedi 21 mars, le Français Nabil Ennasri, qui est «avant tout un Frère musulman, disciple de Youssef Al-Qaradaoui» ( voir Libération du 26.04.2013), chauffait des troupes musulmanes à l’Université de Genève, invité par la très représentative Union des organisations musulmanes de Genève (UOMG). Rappelons que la lutte contre l’Occident et ses valeurs est un des fondamentaux de cette mouvance.

Pour en revenir à cet article sur le tourisme, le journaliste relaie les propos d’un hôtelier: «Les touristes arabes arrivent ici pour découvrir notre territoire, sa beauté, sa culture.» (sic!) Eh bien montrons-leur ce qu’est notre culture et ce que sont nos valeurs!

Et pourquoi ne pas, pour une fois, prendre exemple sur l’Iran? Ce pays interdit aux étrangères d’être nue têtes. Leur curiosité les pousse quand même, par millions, à aller découvrir cette culture. Le tourisme ne s’est jamais si bien porté en Iran! Vous me direz, l’ouverture aux autres est peut-être un peu plus vivace dans la culture occidentale. Mais ne soyons pas d’emblée pessimiste, imitons cette théocratie (au nom de valeurs opposées!) et interdisons clairement ce qu’a décidé le peuple tessinois! Et observons le résultat…

Permettez-moi un détour par la Tunisie, la seule démocratie qui s’est en grande partie débarrassée dans sa constitution de l’islam et des discriminations qui lui sont liées. Combien l’a-t-on louée alors, et combien l’a-t-on réconfortée récemment lorsque les fous d’Allah l’ont frappée, elle et les «croisés»? Là-bas, libéraux et démocrates se battent contre cet extrémisme qui s’infiltre dans leur société, notamment par le niqab. Avant la tempête de régressions qui s’est abattue sur le monde musulman, ce niqab, comme en Europe, n’existait pas en Tunisie. Qu’est-ce qui incite nos politiciens à le promouvoir?

Mais bientôt, je l’espère, le peuple pourra montrer qu’il est dans sa majorité du côté des démocrates d’ici et d’ailleurs et défendra une vision des femmes qui ne prend pas racine au VIIe siècle.

Grâce à celle que les autres partis considèrent comme l’infernale UDC (et ses satellites), l’interdiction du niqab pourrait ainsi s’étendre à toute la Suisse par le biais d’une initiative. Et les opposants, exclusivement préoccupés par leur guerre contre le Parti du Mal auront pour étendard de ce combat un symbole mortifère du statut des femmes dans l’islam. «A bas le sexisme de la culture chrétienne, vive le sexisme de la culture musulmane!»

Le tourisme, lui, doit se préparer à perdre quelques centaines de millions si l’attachement au niqab des touristes du Golfe dépasse leur envie de découvrir notre culture. Mais quel est le prix de nos valeurs?

Journaliste, auteure de «Islamophobie ou légitime défiance?» et «Boulevard de l’islamisme». http://boulevarddelislamisme.blog.tdg.ch/

En Iran, les étrangères doivent se voiler la tête, et le tourisme est florissant. Pourquoi pas l’inverse chez nous?

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