opinion

Offrons-leur un vrai statut de réfugiés!

Pourquoi n’accorder qu’un permis provisoire (F) aux demandeurs d’asile syriens et irakiens, alors que le conflit qui déchire leurs pays risque de s’éterniser? Max Lobe, écrivain genevois, reproche aux politiciens suisses leur manque de courage

Un peu de courage politique

Une fois de plus la crise migratoire s’invite et s’impose dans le discours politique. Il y a quelques mois déjà, j’écrivais une tribune sur l’hypocrisie politico-médiatique qui nous présentait les morts de la Méditerranée comme étant une nouveauté (LT du 28.04.2015). Depuis, pas grand-chose n’a changé, bien sûr. On convoque toujours des séances toujours pour décider de ne pas décider: lutte contre les passeurs? Barrières de barbelés? Répartition des demandeurs d’asile par pays européens? Des mesures aussi improductives les unes que les autres. Seule peut-être la suspension des accords de Dublin par Berlin, pour les demandeurs d’asile syriens, constitue une mesure forte et immédiate.

En Suisse, en année électorale, le sujet ne passe pas inaperçu. On passe de ceux qui, poussés par un zèle à la limite de l’angélisme, préconisent l’éradication pure et simple des frontières pour tous, aux plus durs, comme l’UDC tessinois Corrado Galimberti, qui se demande pourquoi la Suisse doit accueillir le trop-plein des naissances nègres simplement parce que ces Africains ne veulent pas utiliser des méthodes contraceptives.

Les extrêmes sont toujours nuisibles. Dans les nuances de gris, une proposition se profile gentiment, à la suisse!, et semble recueillir les faveurs de tout le monde, même des plus durs de l’échiquier politique sur cette question: accorder une admission provisoire (permis F) aux demandeurs d’asile en provenance de Syrie ou d’Irak.

Combien de temps dure une admission provisoire? Cela peut durer quelques petites années, comme dans le cas des permis F de Côte d’Ivoire pendant la crise post-électorale de 2010. Mais qu’en est-il des permis F d’Erythrée, de Syrie ou encore d’Irak? Trouvons-nous normal que l’on vive provisoirement toute sa vie dans un pays dans l’attente de ce que la guerre finisse dans son pays d’origine? Trouvons-nous acceptable que l’on mène une existence provisoire dans un pays, sans réelles mesures d’intégration, puisqu’on est censé, justement, s’en aller tôt ou tard, très tard?

La vraie peur n’est sans doute pas ces demandeurs d’asile là en eux-mêmes, mais plutôt leurs origines, leur culture et surtout leur religion. N’avons-nous pas tous constaté que la question migratoire dans l’actualité ces derniers jours emboîte systématiquement le pas au terrorisme islamique? La peur du terrorisme islamique qui, elle, est tout à fait légitime, est récupérée, de façon on ne peut plus perfide, par certains politiques pour construire l’amalgame et attiser davantage le feu.

Ces dernières années, la Suisse a accordé un permis F à de nombreux demandeurs d’asile en provenance notamment du Sri Lanka, de Somalie, d’Erythrée, d’Afghanistan, d’Irak ou de Syrie. Pour les indolents, une petite recherche documentaire sur la Toile leur permettra de comprendre rapidement que le changement sociopolitique dans les pays susmentionnés n’est pas pour maintenant, ni même pour demain.

Ces politiciens helvétiques qui balayent, volontairement ou pas, le contexte de politique internationale et se contentent de regarder leur nombril-électorat en proposant de simples admissions provisoires, font montre de mauvaise foi. Les demandeurs d’asile en provenance de ces pays devraient non pas bénéficier d’une admission provisoire, mais bel et bien d’un statut de réfugié (permis B) avec toutes les vraies possibilités d’intégration à la clef. Cela contribuera à gommer nos craintes par rapport à la naissance d’éventuelles bombes à retardement motivées entre autres par une existence provisoire.

Les demandeurs d’asile devraient recevoir un vrai statut de réfugié avec toutes les vraies possibilités d’intégration

Publicité