revue de presse

Londres envoie un drone tuer des djihadistes anglais en Syrie: la presse s’interroge

Le premier ministre britannique David Cameron est sous pression après avoir révélé que c’est un drone anglais qui a préventivement tué en Syrie plusieurs djihadistes britanniques, qui préparaient des attentats sur sol anglais. Le parlement n’était pas au courant

L’information a éclipsé l’annonce que Londres allait accueillir 20 000 réfugiés syriens de plus d’ici à cinq ans: hier matin, devant la Chambre des communes, le premier ministre David Cameron a révélé que deux djihadistes britanniques morts en Syrie fin août avaient été tués par une frappe de drone commandée par Londres. «Une frappe méticuleusement préparée, a assuré David Cameron, c’étaient des combattants de l’EI et je peux affirmer qu’il n’y a pas eu de victime civile». C’est la première fois que la Grande-Bretagne mène une frappe avec son propre matériel dans un pays avec lequel elle n’est pas en guerre. C’est aussi la première fois dans l’histoire moderne que la Grande-Breatgne tue un de ses ressortissants.

Reyaad Khan, 21 ans, venant de Cardiff, et Ruhul Amin, 26 ans, d’ Aberdeen, «ont été anéantis par un drone contrôlé par des pilotes de la Royal Air Force installés 4500 kilomètres plus loin, explicite The Independant, qui propose une infographie très claire . Les pilotes ont utilisé le controversé Reaper, ce véhicule aérien autonome grand comme un petit avion privé qui a coûté 10 millions de livres et a déjà détruit une centaine de cibles ennemies. Les djihadistes qui ne pouvaient rien soupçonner voyageaient dans une voiture à Raqqa, la capitale de l’autoproclamé Etat islamique, quand ils ont été effacés par un missile guidé par laser Hellfire» - qui mérite bien son nom.

«Wham! Bam! Thank you Cam», se félicite The Sun dans un festival d’onomatopées, qui ne peut cacher le malaise que partagent bien d’autres titres de presse.

Car le Parlement n’a pas été informé, encore moins sollicité pour donner son feu vert à ces frappes. «Elles ont été autorisées il y a plusieurs mois par plusieurs responsables du Conseil de sécurité nationale», a expliqué le premier ministre repris par The Guardian, devant les preuves apportées par les services de renseignement montrant que Khan et Hussain préparaient des attentats sur sol britannique. Ils ne se contentaient pas de recruter sur Internet, ils voulaient attaquer les commémorations de la fin de la Seconde Guerre mondiale, les cérémonies avec la Reine à Westminster Abbey le 10 mai, et une cérémonie à Woolwich pour le Jour de l’armée le 27 juin.» Reyaad Khan était ciblé depuis longtemps, et il a fallu vite prendre une décision quand l’interception de communications a révélé qu’il était en voiture près de Raqqa, raconte toujours The Guardian. Son passager était aussi connu. «Pas d’illusion, leur intention était bien de tuer des citoyens britanniques».

Frappes préventives?

Mais «la décision pose des questions, remarque la BBC, et Harriet Harman, actuelle cheffe du Labour, a demandé au gouvernement de publier les bases légales de cette intervention». Elle réclame «une enquête indépendante et interroge: pourquoi le procureur général a-t-il seulement confirmé qu’il y avait des bases légales, sans autoriser explicitement cette action spécifique?» Et la BBC de citer un ancien procureur, Dominic Grieve, selon qui la décision pourrait être attaquée sur un plan légal. Sky News cite aussi un ancien chef des forces armées, General Lord Dannat, selon qui cette action «n’est peut-être pas juste - voire est mauvaise». «La pression monte sur le premier ministre», en conclut la chaîne, car la Grande-Bretagne a voté contre toute intervention directe en Syrie il y a déjà deux ans, et n’a voté que pour une participation aux frappes aériennes de la coalition contre l’Etat islamique en Irak, pas en Syrie. «Que ne m’aurait-on dit s’il y avait eu un attentat, que nous pouvions l’empêcher et que nous n’avions rien fait», a pourtant expliqué aussi David Cameron devant le parlement.

Quoi qu’il en soit «c’est un tournant», analyse un autre militaire cité par le Financial Times, c’est la première fois que le Royaume Uni intervient par la force en Syrie, et utilise un drone pour tuer un de ses ressortissants. Jusqu’ici, Londres se targuait d’avoir une approche fondée sur la justice criminelle pour contrer le terrorisme. Londres s’aligne davantage avec Washington», écrit sobrement le journal. Même conclusion du Guardian: «Cette attaque marque un changement significatif. La proportion de drones anglais sur la Syrie serait passée de 10% en janvier à 40% en mai». C’est comme si le gouvernement avait décidé de lancer un processus impossible à stopper, selon un géopoliticen interrogé dans le quotidien.

Pour l’ONG Amnesty International, Londres a rejoint les Etats-Unis dans la pratique des «exécutions sommaires depuis les airs». Une opinion que confirme le groupe de défense des droits de l’homme Reprieve, cité par la BBC: «Ne vous y méprenez pas. Ce à quoi nous assistons, c’est le modèle du renseignement américain qui ne marche pas en train d’être copié par le gouvernement britannique».
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