ÉDITORIAL

Quelles réformes pour la Suisse?

Franc fort, baisse des investissements, perte des rentrées fiscales, fuite de capacités de production… La Suisse a laissé reposer une montagne de problèmes non résolus

Il faut réformer la Suisse! C’est le leitmotiv de ce début d’année chez les décideurs économiques, dans le monde politique et les médias. Face aux délocalisations qui menacent, le nouveau président de la Confédération, Johann Schneider-Ammann, veut mener «une politique qui favorise la compétitivité et la capacité d’innovation de notre pays». Le lobbyiste en chef du patronat, Heinz Karrer, craint la perte de «milliers d’emplois» en raison du franc fort, et souhaite l’enclenchement d’une «dynamique plus favorable à l’économie» au Conseil fédéral.

Cette soudaine envie de réformes s’explique: après des années de vaches grasses, les pronostics des prochains mois sont maussades. On anticipe une baisse des investissements des entreprises, la fuite de capacités de production devenues trop chères, la perte de rentrées fiscales. On redécouvre aussi que la Suisse a laissé reposer une montagne de problèmes non résolus: les loyers ont doublé en quinze ans, les coûts de la santé s’envolent, l’agriculture ou l’armée engloutissent des milliards pour des prestations discutables. Les monopoles publics occupent une place considérable, sans incitation forte du politique à s’améliorer.

Il y a donc matière à réformes, mais lesquelles?

Force est de constater qu’à ce stade, aucun agenda clair ne se dégage. Certes, la formation d’une majorité UDC-PLR au Conseil fédéral suscite l’espoir d’une impulsion libérale après des années de relatif immobilisme. Mais cette alliance est loin d’être cohérente: la priorité des milieux économiques, c’est la sauvegarde de la relation avec l’Europe, que l’UDC justement met en péril. La volonté de réformes ne peut donc reposer sur ce seul axe. Pour faire passer des mesures significatives, la gauche et le centre doivent y être associés et formuler leurs propres propositions.

Sur le fond, deux grands freins au changement demeurent. La Suisse reste tiraillée entre l’envie de se protéger du monde extérieur (moins d’immigration, etc.) et le besoin de rester un point nodal de la globalisation, avec une économie aussi ouverte que possible. Tant que la tension entre ces impératifs contradictoires n’aura pas été maîtrisée, il sera difficile de définir un projet lisible de rénovation du modèle helvétique.

L’autre obstacle est plus redoutable, et explique le manque de réformes d’envergure ces dernières années. Dans de nombreux domaines, la force des lobbies oppose un formidable immobilisme aux volontés de changement. Des médecins et assureurs jusqu’aux agriculteurs ou aux fonctionnaires, pour ne citer qu’eux, la Suisse est corsetée d’intérêts sectoriels qui ont tout à perdre de réformes d’envergure dans leurs domaines.

S’il y a un vœu à formuler pour le monde politique suisse en 2016, c’est qu’il retrouve l’audace et la capacité d’agir, en se libérant des lobbies.

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