Tokyo graphie

Hong Kong, verticale

Resserrée, escarpée, vertigineuse, Hong Kong se déchiffre de bas en haut. Tout l’inverse de Tokyo, raconte notre chroniqueur, qui a exploré cet hiver les luxes et les envers du Port aux Parfums

Certaines villes se nourrissent d’horizon, d’espace, de puissants points de fuite. Hong Kong possède une autre beauté. Resserrée, escarpée, vertigineuse, Hong Kong se déchiffre de bas en haut, grimoire urbain et asymptotique dont la graphie particulièrement compacte fait plisser les yeux.

J’ai eu envie, pendant les fêtes, d’éprouver Victoria Harbour et sa skyline hérissée, Tsim Sha Tsui aux pacotilles étincelantes, Central tout en luxes et en vertiges architecturaux; les 415 mètres de l’International Finance Centre, perdus dans les brumes des industries limitrophes, parachevaient ce règne sublime et décadent de volatilité et d’hyper-consommation.

J’ai voulu, aussi, connaître l’envers du Port aux Parfums. Hong Kong se caractérise par des inégalités salariales extrêmes. En témoignent les habitations concentrationnaires de Quarry Bay, les cités immenses, certaines en loques et comme renfermées sur elles-mêmes (Yick Cheong Building) dont les bétons tortueux, ascensionnels et humides produisent de l’ombre et dévorent le ciel. Autre narration. Autres destins.

Peut-on lire une ville comme on lit un livre? Style, rythme, parcours, fragments, profondeur sociale, symboles historiques ou sens cachés: tout comme un texte, une ville est un labyrinthe de signes, de faits, de références et d’images dont le lecteur-visiteur s’emploie à faire sens. Après deux ans passés à faire l’exégèse des villes japonaises, cette incise hongkongaise m’invite à l’exercice de littérature comparée.

Si Tokyo est une surface, une plateforme dont les gratte-ciels, minoritaires, permettent de mesurer l’immensité, Hong Kong est un volume abrupt et perpendiculaire, un réseau de constructions érectiles. La capitale japonaise, dans ses quartiers les plus innovants (Aoyama, Daikanyama, Koenji), met en œuvre un paradigme de la petite échelle et du plan, une cartographie du minuscule et du détail: parcelles étroites et gabarits bas racontent la propagation des standards de l’habitat vers le commerce et le business. Dissémination de l’intime. Hong Kong, au contraire, applique aux logements les dimensions et les altitudes du centre financier, du corporate et de la manufacture, avec tout ce que cela peut avoir de saisissant, de misérable et d’éblouissant. Dissémination verticale.

Incommensurables chacune à leur manière, Hong Kong et Tokyo (d) écrivent deux visions de la ville et du périple contemporain. Et vous, quels lieux, quels mots, quelles perspectives explorerez-vous en 2016? Je vous souhaite beau parcours, bonne lecture, et bien sûr bonne année.

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