Planète Eco

Le renmimbi et les DTS: un triomphe chinois?

Charles Wyplosz explique pourquoi la Chine s’est engagée à rendre le yuan entièrement convertible d’ici octobre 2016

L’inclusion de la monnaie chinoise dans le panier de monnaie que constituent les Droits de Tirage Spéciaux (DTS) du FMI a été largement interprétée comme une consécration de la puissance économique de la Chine. C’est exact, mais cela reste très symbolique et cela cache une réalité mal connue.

Pour commencer, peu de gens savent ce que sont les DTS, et ils n’ont pas vraiment à le savoir. Formellement, les DTS sont l’unité de compte utilisée par le FMI pour toutes ses opérations. Lors de leur création en 1969, l’idée était de se passer du dollar. On a alors constitué un panier de 15 monnaies, ramené à 5 devises en 1981, puis à 4 devises lors de la création de l’euro en 1999. Par construction, le DTS fluctue comme la moyenne pondérée des monnaies constituantes. Autrement dit, ça n’a aucun intérêt, c’est la cuisine interne du FMI. C’est devenu plus important lorsque le FMI a commencé à créer des DTS à partir de rien, comme les banques centrales créent de la monnaie, la fameuse planche à billets. Mais comme le FMI n’est pas une banque centrale, elle ne peut créer des DTS que si c’est accepté par 85% des votes, sachant que les droits de vote de chaque pays sont déterminés par son quota, qui est proportionnel à sa taille. Avec 16,7%, les États-Unis détiennent un droit de veto. La Suisse a droit à 1,4%. Les DTS sont attribués à chaque pays dans les mêmes proportions. Il y a eu plusieurs distributions, mais la somme totale reste faible, donc largement symbolique. Les pays en développement ayant demandé que les distributions futures leur soient réservées, du fait de l’opposition des États-Unis et des Européens, il n’y a plus eu de nouvelles distributions depuis 1998.

Une nouvelle distribution, suivant la règle habituelle, a été décidée en 2010 mais a été bloquée par un refus du Congrès américain pour de sombres raisons politiques. Le Congrès vient juste de changer d’avis. L’inclusion du renmimbi ne change rien. (À propos, renmimbi est le petit nom affectif du yuan, RMB étant l’acronyme chinois de Monnaie du Peuple).

La seule chose qui soit (un peu) importante est la suivante. Quand un pays emprunte de l’argent au FMI, il peut soit choisir de le faire soit en DTS, soit dans une des devises du panier. S’il emprunte des DTS, il peut librement les convertir dans les monnaies du panier et donc, désormais en renmimbi. Ainsi le RMB devient officiellement une monnaie de réserve internationale… si des pays emprunteurs le souhaitent.

C’est ce que souhaitent les dirigeants chinois. Depuis quelques années, ils rêvent de réduire le rôle international du dollar, au profit du renmimbi. Le hic, c’est que pour être utiles, les réserves doivent pouvoir être largement acceptées. Ils ont engagé une vaste opération de relations publiques, poussant les pays avec lesquels ils commercent et ceux auxquels ils font des prêts à détenir des réserves en renmimbi. Mais comme, pour l’instant, le renmimbi n’est pas librement convertible, la demande reste faible, même si l’idée de réduire le rôle du dollar est attractive.

Finalement, le plus important, c’est que la Chine s’est engagée à rendre le renmimbi entièrement convertible d’ici octobre 2016, c’est une condition pour rentrer dans le DTS nouveau à cette date. Or, pour cela, il lui faut complètement libéraliser ses marchés financiers. L’objectif de faire du renmimbi une monnaie de réserve internationale, et donc de rentrer dans les DTS, est un puissant argument au sein d’un pouvoir politique toujours ambivalent en matière de libéralisation financière. Paradoxalement, donc, derrière ce «triomphe», se cache une lourde lutte idéologique au sein de la direction du Parti Communiste. Les DTS, c’est un instrument de pression pour les réformateurs, et ça ce n’est pas symbolique. C’est sans doute la raison pour laquelle le FMI a décidé de sauter le pas, même si le renmimbi n’est pas encore convertible.

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