Le temps de l'éco

La «gamification» 
du terrorisme

Daech utilise dans sa propagande l’esthétique des jeux vidéo. Ce langage visuel remplit au moins trois rôles: terroriser, enrôler et banaliser

Après-guerre, les Etats-Unis ont réussi à faire rayonner leur culture grâce à Marilyn Monroe, au Coca-Cola et à une vision romantique de l’American way of life servie par les arts populaires. Daech fait aujourd’hui la même chose avec une propagande qui vise à faire rayonner sa cause dans le monde entier grâce aux réseaux sociaux et à une esthétique inspirée des jeux vidéo. Le but n’est évidemment pas le même. L’efficacité est toutefois comparable.

Lutter contre le terrorisme passe par la collecte de renseignements, les actions de police et une justice sans faille. Mais il faut désormais aussi apprendre à parler le langage visuel le plus abouti de l’adversaire pour le contrer sur le terrain de la prévention et de l’éducation. L’Etat islamique a montré une habileté exceptionnelle à créer un grand récit grâce aux artifices qu’offre la technologie. En parallèle à l’acquisition d’armes et de matériel militaire toujours plus sophistiqués, l’organisation terroriste propose sur le Web des films toujours mieux scénarisés et réalisés. La propagande fait partie de son arsenal et les coûts de production toujours bas lui donnent un accès facilité à ces nouveaux outils de communication. Ces vidéos ont au moins trois rôles: terroriser, enrôler et banaliser.

Toutes ces images sont parfaitement insupportables, elles fascinent pourtant certains par leur esthétisme et leur efficacité. Alors que l’on a débattu jusque-là pour savoir si les «snuff movies» – ces films ultra-violents qui montrent des scènes réelles de torture – existent vraiment ou tiennent de la légende urbaine, ils sont désormais disponibles en quasi libre accès sur YouTube. Ces images donnent envie à des jeunes désireux d’avoir une «perspective plus intéressante que de travailler au McDo» de passer de l’autre côté de l’écran pour étancher une soif d’absolu. Et la religion semble souvent n’être qu’un élément du paysage. Ces vidéos permettent de rejouer les scènes de mort dans des milliers de combinaisons différentes. Comme si un ado malsain s’était emparé du joystick pour imaginer des exécutions toujours plus variées et sadiques.

Des spécialistes estiment que, une fois le cinéma créé, le porno avait épuisé toutes ses facettes et tous ses scénarios cinq ans plus tard. Il ne resterait donc plus beaucoup de temps à Daech pour avoir effectué le tour complet des horreurs à filmer. Sera-t-il temps alors pour les jeunes désœuvrés de retourner à leurs jeux vidéo et blockbusters hollywoodiens? 

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