Editorial

Cette Amérique prisonnière de l’Axe du Mal

A l’heure où l’Union européenne, l’Amérique et les Nations unies sont sur le point de lever les sanctions contre l'Iran, les candidats républicains à la Maison-Blanche voient l'accord sur le nucléaire comme une capitulation face un Etat qui ne devrait jamais quitter l’Axe du Mal sur lequel George W. Bush l’a placé en 2002

«Les dogmes du passé tranquille.» Citant Abraham Lincoln, Barack Obama a souligné les mérites du changement dans son dernier discours sur l’état de l’Union. A l’heure où l’Union européenne, l’Amérique et les Nations unies sont sur le point de lever les sanctions contre le programme nucléaire iranien, les candidats républicains à la Maison-Blanche ne vivent pourtant pas la mise en œuvre de l’accord de Vienne comme un point d’orgue de la diplomatie multilatérale. Mais comme une capitulation face un Etat qui ne devrait jamais quitter l’Axe du Mal sur lequel George W. Bush l’a placé en 2002.

Lire : Aux Etats-Unis, les républicains continuent de diaboliser l’Iran

Ils préfèrent se ranger sans hésiter derrière l’Arabie saoudite, une puissance sunnite rétrograde dont le bilan en termes de respect des libertés fondamentales est désastreux. Ils se complaisent à interpréter toute déclaration du guide suprême Ali Khamenei, toute manifestation de citoyens manipulés criant «Mort à l’Amérique» comme une preuve que l’Iran est bien l’incarnation du Mal. Or ils refusent d’émettre le même type de critiques envers Riyad. En choisissant un camp, sunnite, ils sabotent la position plus ou moins neutre que l’administration Obama tente d’adopter dans la guerre confessionnelle qui fait rage au Moyen-Orient.

Or l’Iran, qui a aussi un horrible bilan quand il est question d’exécutions, peut devenir un allié de circonstance. La société iranienne, moderne, jeune, éduquée, a des aspirations de liberté qui ne diffèrent guère de celles de jeunes Occidentaux. Lui claquer la porte au nez, comme le font les républicains, est une insulte aux valeurs qu’ils prétendent porter.

Entre Washington et Téhéran, ce n’est pas le dégel complet, mais les choses évoluent. Rien ne dit que l’accord sur le nucléaire iranien sera en fin de compte un succès. Mais la manière dont John Kerry et Mohammad Javad Zarif ont réglé, en moins de vingt-quatre heures, la mini-crise provoquée par l’interception de dix marins américains dans le golfe Persique, en dit long sur les progrès accomplis. Le danger qui les menace est toutefois double: l’accession d’un républicain à la Maison-Blanche qui ne jurerait que par l’allié saoudien et des Gardiens de la révolution déterminés à marginaliser le président modéré Hassan Rohani. Ces derniers ont beaucoup à perdre. Leur influence politique, militaire et économique n’a jamais autant prospéré que sous le régime des sanctions.

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