Le temps de l'éco

Emmanuel Macron, un moderne à Davos

Celui qui se décrit comme un ministre de l’Économie réformateur a parfaitement représenté son pays à Davos sans pour autant faire l’unanimité auprès du public

C’est la sensation du gouvernement français. Il occupe une case que personne n’occupait pas jusqu’à présent sur l’échiquier politique. Il agace son premier ministre par l’attention qui lui est portée. Et, surtout, il enchante beaucoup de monde avec un discours jamais entendu dans l’Hexagone. «Entrepreneur», dans la bouche d’Emmanuel Macron, cela redevient un mot français et ce n’est plus un vocable prononcé avec un fort accent américain aux couleurs de la Silicon Valley. «Start up», «flexibilité», «innovation»: le storytelling du ministre est bien rôdé et ce n’est pas que de la communication.

Politiquement, Emmanuel Macron semble avoir été inventé pour faire imploser la gauche française. Sa sortie cette semaine dans une émission de radio où il estimait que «la vie d’un entrepreneur est plus dure que celle d’un salarié» était frappée au coin du bon sens pour à peu près n’importe qui en dehors de la France (et de la gauche genevoise, très en forme sur les réseaux sociaux à ce sujet) mais elle a produit son effet. D’Olivier Besancenot, du parti communiste, en passant par une bonne frange du parti socialiste – et sans aucun doute Jean-Luc Mélenchon – chacun y est allé de sa déclaration, de son tweet ou de son communiqué. Mais, contrairement au ministre de la République, ces gens ne représentent plus rien. Ou alors une idée de la politique dont la date de péremption est largement dépassée.

Emmanuel Macron est formidablement populaire car pour une fois il replace le discours sur l’entreprise au bon endroit. Nicolas Sarkozy avait suscité beaucoup d’espoirs mais, avec lui, les effluves de la vieille droite française la plus minée par le copinage et le conservatisme se sont tout de suite fait sentir (à peine monté sur le yacht d’un ami milliardaire après son élection, diront les mauvaises langues). Le jeune ministre de l’économie a l’intelligence de se projeter. Il fait la promotion de la «french tech» (la vague prometteuse des start up françaises) au salon CES à Las Vegas et, à Davos, il a parfaitement représenté un pays qui semble enfin vouloir en découdre avec la modernité et embrasser l’époque. La preuve, Emmanuel Macron promet même de s’attaquer au molosse, les 35 heures.

Il va sûrement s’y casser les dents car il faut avoir les crocs vraiment bien acérés pour ne serait-ce qu’entamer l’épais code du travail de nos voisins. Sans compter que Manuel Valls va sûrement le débarquer de son gouvernement. Celui qui se présente comme un premier ministre réformateur n’apprécie pas que l’on réforme plus vite que lui. Reste qu’Emmanuel Macron aura bien secoué les mentalités et les Français lui en sont déjà redevables. Espérons qu’ils s’en souviendront lors de futures élections.

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