Chronique

Tous à poil! (… au nom de la transparence parlementaire)

Les élus suisses devraient d’inspirer des Américains, ironise notre chroniqueur Fathi Derder, conseiller national PLR. Dans le Missouri, par exemple, un élu doit annoncer tout ce qu’on lui offre. N’importe quel cadeau, même le plus minime

On va finir à poil. Depuis novembre, les élus sont soumis à un interrogatoire permanent sur leurs «centres d’intérêts». Au nom de la transparence, nous devons tout dire, et tout le monde a le droit de savoir. Dernier exemple, j’ai reçu jeudi un courriel d’un certain Thomas Angeli. Une sorte de «Julian-Assange-de-la-Limmat» qui m’envoie une panoplie de questions, et me donne jusqu’à mardi pour répondre. Pourquoi pas… Bien que, sur la forme, cet ultimatum soit un peu irritant.

«Assangeli» m’explique qu’il préside l’association Lobbywatch, dont la mission est de traquer les parlementaires vendus. Le site web donne le ton: le Palais fédéral ploie sous un ciel noir, lugubre. L’ombre du Mordor. Les forces du mal sont à l’œuvre. Un article confirme: «Il y en a qui s’offrent un parlementaire» (sic). Allusion aux fameux badges d’accès que nous donnons à deux invités. Assangeli y voit des «liens et dépendances».

Des pistes existent…

En clair, comme le dit le titre, les lobbies s’offrent des élus. C’est malheureusement faux. J’aurais adoré m’enrichir en vendant deux badges, mais ça ne marche pas comme ça à Berne. Et je n’ai aucun lien avec mes deux invités. Aucune dépendance non plus. Il m’arrive même de ne pas être d’accord avec eux. Bref, personne ne s’est offert mes services. Et certainement pas avec un badge. Comme évoqué plusieurs fois ici-même, les lobbies n’ont pas besoin d’entrer au Palais. Ils ont d’autres méthodes, plus subtiles. Nous voulons la transparence complète? Des pistes existent.

Inspirons-nous des Américains. Dans le Missouri, par exemple, un élu doit annoncer tout ce qu’on lui offre. N’importe quel cadeau, même le plus rikiki. Tout est public. En deux clics, je découvre ainsi que le 14 août 2015, le député républicain Bart Korman s’est fait offrir un café chez Holly’s par l’opérateur AT&T. Total: 1,48 dollar. Edifiant. D’ailleurs, Bart trouve ça bien, lui aussi. Il veut même aller plus loin. Il a déposé un projet de loi pour que les élus publient leurs relations sexuelles avec les lobbyistes. Véridique. C’est aussi un cadeau, dit-il. Ça dépend du lobbyiste, Bart. Mais bref. On peut donc s’offrir un parlementaire, dans tous les sens du terme.

Sacré Bart. Un visionnaire, un modèle pour tous. Je vais en parler à mon ami Assangeli. Importons la formule. Faisons mieux, avec un «Swiss finish»: on ajoute le quatrième pouvoir, les journalistes. Objectif: transparence totale. Un catalogue complet de qui couche avec qui à Berne. On va vraiment finir à poil.

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