Chronique

Le Grexit II paraît inéluctable

La Commission a ouvert la voie à l'exclusion de la Grèce de l'espace Schengen. Ce qui permettra à certains pays à prolonger des contrôles à leurs frontières

Face à l’afflux des réfugiés et surtout face à la perspective des centaines de milliers de nouvelles arrivées dès que le froid s’éloignera, il est impensable que certains pays de l’Union européenne (UE) mettent fin aux restrictions à la libre circulation des personnes. Sous la pression des populistes, mais aussi suite au scandale d’agressions sexuelles à Cologne et dans d’autres villes, les Etats ne peuvent en effet pas baisser la garde.

L’accord de Schengen prévoit la suspension temporaire de la libre circulation. Six pays ont déjà eu recours à cette possibilité. Mais pour aller plus loin et prolonger les restrictions, il faut de nouvelles justifications. Légalement, il est possible de l’enclencher lorsqu’un Etat ayant la responsabilité de contrôler les frontières extérieures de l’espace Schengen n’assume pas correctement cette tâche, exposant ainsi les autres Etats aux flux migratoires. L’article 26 du code Schengen permet des contrôles aux frontières pour une période de six mois, renouvelable pour un maximum de deux ans.

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La Grèce, parfait bouc émissaire

La Grèce apparaît logiquement comme le bouc émissaire tout désigné. De par sa proximité avec la Turquie où se trouvent plus de deux millions de réfugiés, la Grèce est devenue le pays de transition par excellence pour ceux et celles qui veulent gagner l’Europe.

Reste la question si elle peut faire face à la pression migratoire. Pour certains dirigeants européens, la réponse est oui du fait que la marine grecque serait l’une des plus importantes dans le sud de l’Europe. On reproche aussi à la Grèce de ne pas vérifier les papiers des réfugiés, de ne pas les enregistrer et de ne pas relever leurs empreintes digitales. La Commission a sorti un vieux rapport fait en novembre dernier pour accabler la Grèce. Elle blâme aussi Athènes pour l’échec de son propre programme de relocalisation, c’est-à-dire le transfert des réfugiés se trouvant en Grèce vers d’autres pays européens.

L’aide arrive à compte-gouttes

La vérité est ailleurs. L’économie convalescente de la Grèce ne peut pas faire face aux flux migratoires massifs en solitaire, tout en respectant les objectifs budgétaires fixés par la zone euro. L’aide demandée à Bruxelles arrive à compte-gouttes. Un exemple: sur 1800 personnes demandées pour aider à l’enregistrement des réfugiés en Grèce, mais aussi en Italie, les Etats n’ont fourni que 800. Selon le ministre grec des migrations, le programme de relocalisation n’a pas fonctionné parce que «des Etats ne voulaient pas des Noirs, des Musulmans, ou encore de grandes familles».

Bref, le Grexit, c’est-à-dire l’exclusion de la Grèce de la zone euro, a été évité non sans difficulté. En revanche, éviter sa sortie de l’espace Schengen sera une autre paire de manches. Surtout la Commission ne tient pas compte du fait que le flux migratoire actuel est d’une ampleur inédite depuis la Seconde guerre et qu’un seul pays serait incapable de faire face à un tel défi. Le Grexit s’avère nécessaire pour que l’Allemagne, l’Autriche et d’autres puissent contrôler leurs frontières.

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