Revue de presse

Le virus Zika, ou la peur de l'incertitude scientifique

L’alarme est centrée sur les conséquences du virus sur les femmes enceintes. Dans le cas de Zika, «la causalité physiopathologique» est dite «probable mais non certaine». A partir de là, les questions bioéthiques sont immenses, et différentes selon les cultures

Le virus Ebola à peine maîtrisé, voilà qu’une nouvelle calamité menace: le Zika, parasite transporté par les moustiques, qui sème la peur et s’attaque à ce que l’humanité a de plus cher au monde: ses nouveau-nés, potentielles victimes de microcéphalie. Comme si «la crise, la pluie et la dengue» ne suffisaient pas, déplore le quotidien brésilien O Globo. Sans compter qu’il pourrait causer «des problèmes neurologiques» chez les adultes, précise The Economist, médias tous deux cités et traduits en français par Courrier international.

«The Economist»

Restons calmes, cependant. «Le virus Zika est en fait connu depuis plus d’un demi-siècle», comme l’explique France Télévisions. «Il a été repéré pour la première fois en 1947, en Ouganda, chez un singe», selon le site Allodocteurs. Puis «le premier cas humain de fièvre […] a été rapporté en 1968». Pour l’instant, «aucun cas de mort […] dans le monde n’a été répertorié». Mais il faut nuancer, comme le fait La 1ère d’outre-mer: «La pandémie qui traverse le continent sud-américain et les Caraïbes aurait provoqué la mort de quatre personnes au Surinam», en aggravant «la situation de patients déjà en mauvaise santé. Le virus n’aurait donc qu’un effet mortel indirect.»

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Donc «autant être clair: mieux vaut éviter de se faire piquer dans les zones à risque, car il n’existe ni traitement curatif, ni vaccin. […] Mais des pistes s’ouvrent, selon le magazine Sciences et Avenir, depuis que les scientifiques ont découvert en 2015 la manière dont le Zika infecte les cellules humaines et se propage dans l’organisme». Ils ont en fait «identifié le récepteur cellulaire qui permet au virus de surmonter la barrière de la peau et d’être véhiculé par le sang. Il s’agit d’une protéine» qui pourrait «être une cible thérapeutique permettant […] l’élaboration d’un traitement».

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Au-delà, le Zika représente un gros enjeu de santé publique, selon le site Gènéthique, puisqu’il «était tenu depuis un demi-siècle pour ne pas être dangereux». Mais «depuis quelques semaines», il est donc «soupçonné, lorsqu’il infecte les femmes enceintes, de provoquer des malformations congénitales incurables (microcéphalie avec retards intellectuels irréversibles)». Et réveille, par voie de conséquence, la question de l’avortement dans des pays où celui-ci n’est pas dépénalisé. Au Salvador, par exemple, une femme se faisant avorter risque jusqu’à quarante ans de prison.

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«Le problème réside entre autres dans «l’incertitude scientifique» autour des conséquences du virus sur les femmes enceintes.» Dans ce cas précis, «la causalité physiopathologique» est dite «probable mais non certaine». Ce qui implique «un suivi médical et une prise en charge renforcée […] pour toutes les femmes enceintes dans les zones d’épidémie». Et, «en cas de découverte à l’échographie d’anomalies congénitales», la patiente doit être «orientée», dit-on, par «une évaluation étiologique» et un pronostic «de l’affection fœtale dont les conséquences possibles lui seront expliquées».

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Dans des pays occidentaux, cela paraît aller de soi. Mais dans les pays en voie de développement? Un reportage de l’AFP, publié entre autres par France-Soir, est explicite. «A huit mois de grossesse, Yolanda Tobar, 19 ans, attend son tour au milieu d’une centaine de ventres arrondis dans un hôpital guatémaltèque. […] Je suis vraiment inquiète à l’idée que mon bébé puisse avoir une malformation», dit-elle. Avant d’avouer avoir «reçu peu d’informations sur cette maladie et ses symptômes. Aucun panneau d’information n’est visible dans cette salle.»

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Mais il y a pire encore. «A quelques chaises de Yolanda, une autre femme semble […] tout ignorer du virus: «Je n’ai rien entendu là-dessus. Je ne sais pas ce que c’est», affirme-t-elle.» Elle, elle n’a certainement pas vu une photo qui a fait le tour du Net à la veille de Noël 2015, cette image d’un nouveau-né prenant un bain dans un seau de plastique gris, à Poco Fundo, au Brésil:

Felipe Dana/AP/Keystone Felipe Dana

Elle, oui, elle vit dans un pays où les autorités recommandent «aux femmes de… ne pas tomber enceinte», écrit Paris Match. Une annonce «folklorique» sur «un continent où les grossesses non désirées sont importantes». Il est donc «complètement naïf» d’espérer que cela fonctionne, dénonce Monica Roa, vice-présidente de l’organisation Women’s Link Worldwide et militante colombienne pour le droit à l’avortement.

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Depuis, le virus est arrivé en Europe. «Des cas ont été signalés au Danemark, en Suisse, au Portugal, en Italie et au Pays-Bas.» Pour Frédéric Tangy, directeur de recherches au CNRS interrogé par France Info, «on ne devrait pas craindre une expansion énorme de cette infection en Europe car ça reste une infection tropicale. […] Il a affirmé qu’il était «peu probable» que le virus se propage […] d’un individu à l’autre. Mais on ne peut pas se prononcer de manière certaine.»

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Pourtant, «la menace est mondiale, dit le site Pourquoi Docteur? C’est ce que montre en tout cas un article paru le 14 janvier dans The Lancet. «A huit mois des Jeux olympiques de Rio, les scientifiques prennent le danger très au sérieux. Le monde dans lequel nous vivons est interconnecté. Les infections ne sont plus confinées dans une région isolée, avertit l’un de ses auteurs. […] Aujourd’hui, les maladies originaires des coins les plus reculés du monde arrivent à une vitesse fulgurante à notre porte.»

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