Disparition

«Benoît Violier est parti au sommet de son art»

Pierre-Marcel Favre a été l’éditeur de Benoît Violier. Le chef étoilé avait publié «Cuisine du gibier à poil» et la bible «Cuisine du gibier à plume», deux ouvrages de référence pour les amateurs de gastronomie

Pour nous tous, Benoît Violier restera, à coup sûr, vivant, tellement ce mot le définit le mieux. Sa vivacité rayonnante était magique. Et pourtant, il nous faut nous rendre à l’évidence, il a disparu. Cela ne nous consolera pas, mais il est parti au sommet de son art. Comme un alpiniste qui tombe après avoir atteint l’Himalaya.

Benoît était tellement parfait que personne à ma connaissance n’avait deviné le début d’une faille. Et pourtant, l’homme de toutes les qualités était, aussi, l’homme de toutes les pressions. Peut-on être encore et toujours excellent? Il le pouvait. Mais peut-être à quel prix?

Dans cet esprit, on ne peut pas ne pas penser à François Vatel, Franco-Suisse, lui aussi. Vous le savez, grand organisateur de festins royaux pour Louis XIV. Il se suicida pour une peccadille, l’impossibilité de satisfaire pleinement le roi, à cause d’une livraison tardive de poisson.

On ne peut pas ne pas évoquer aussi Bernard Loiseau, star de la cuisine française des années 1990 qui subit la loi des guides et disparut aussi, avec un fusil de chasse, en 2003.

Mais Benoît Violier, lui, n’avait aucun risque du côté de sa cotation. Bien au contraire, puisque sacré meilleur cuisinier du monde. Le plus terrible est évidemment pour sa femme Brigitte et son fils Romain, eux aussi d’une vivacité exceptionnelle. J’ai pu le vérifier.

Et tous les beaux projets qui seront à mettre aux oubliettes: par exemple, de mon côté: Une prochaine fête autour de son livre Cuisine du gibier à plume d’Europe devait avoir lieu au Musée de la Chasse, ce 15 février à Paris. Et nous devions faire ensemble une visite à l’un des rares 19.5 au Gault&Millau, le Chef Harald Wohlfahrt (Die Swartzwaldstube à Baersbronn, Allemagne). On parlait aussi de plusieurs autres livres, après les trois premiers dont Facile, rapide, délicieux et Cuisine du Gibier à poil.

Un immense travailleur

Un point est à souligner, Benoît Violier était un immense travailleur. Il n’a rien, ou presque, obtenu par hasard. C’est avec acharnement et constance qu’il a gagné plusieurs épreuves. Son intelligence et son sourire ont dû l’aider. Mais peu mesurent, à part sa femme, les efforts colossaux qui ont été fournis pour obtenir sa position d’une sorte de maître du monde.

Resteront inoubliables nombre de déjeuners et dîners avec en plus des gens de qualité. En particulier, le repas de cinq heures du 15 septembre 2015, pour les 60 ans de l’Hôtel-de-Ville

Jusqu’à la dernière minute, Benoît prenait des engagements, ce qui tend à signifier clairement que sa funeste décision est totalement inattendue. Jeudi passé, il recevait mes amis de Libération pour une grande interview pour la dernière page de ce quotidien.

Un vrai artiste

Il convient de souligner qu’un cinéaste fait au mieux un film par année, plus souvent tous les deux ou trois ans. Un écrivain est généralement astreint au même rythme. Un livre par an au maximum. Les musiciens sont encore moins prolifiques. Un grand chef, lui, est jugé 600 fois par année, à multiplier par le nombre de tables qu’il sert! C’est à midi et le soir, qu’il doit chaque fois être excellent. Le public, les clients, ne sont pas très indulgents. Quelle extraordinaire contrainte.

Benoît Violier était un vrai grand artiste. Comme certains d’entre eux, il restera une légende.

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