Opinion

Quand le Danemark choque, la Suisse s’en moque !

Qu’est-ce qui fait le plus peur par les temps qui courent: le million de réfugiés fuyant les guerres ou les réminiscences d’une époque marquée par le fascisme et le délire national-socialiste, se demande Sophie Malka, coordinatrice de l’association Vivre Ensemble (asile.ch)

La révision de la loi sur l’asile au Danemark a secoué la presse internationale en janvier. Elle a également été dénoncée par les organismes onusiens et européens.

L’attention médiatique a surtout porté sur la saisie de tous les biens «patrimoniaux» des demandeurs d’asile: les requérants se voient dépouillés de toute liquidité à concurrence de 1350 francs et de tout bien personnel à montant équivalent.

Lorsque la presse helvétique a «révélé» que cette pratique est en cours en Suisse depuis 1990 – les demandeurs d’asile n’ont pas droit à plus de 1000 CHF de biens au total –, l’affaire a fait le tour du monde et les réseaux sociaux ont crépité d’affiches nazies invoquant la spoliation des Juifs par les nazis. Une comparaison également évoquée par le Washington Post. Au point que le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) a dû se fendre d’un communiqué «justifiant» la mesure.

Ce n’est qu’au moment du vote de la loi devant le parlement danois, fin janvier 2016, qu’une autre disposition a fait les gros titres, elle aussi vertement critiquée par le Haut commissariat aux réfugiés (HCR) 1 et le Conseil de l’Europe: l’allongement du délai imparti aux personnes recevant une protection subsidiaire pour faire venir conjoints et enfants. Désormais, ils devront attendre trois ans au lieu d’un an avant de demander un regroupement familial. Vives réactions internationales. Mais personne n’a encore relevé que la Suisse pratique ce délai d’attente depuis 2008 pour les personnes titulaires d’une admission provisoire. Et qu’avant 2008, celles-ci n’avaient aucun droit au regroupement familial.

Accusé avec sa loi de nourrir «la haine et la xénophobie» par le HCR, le Danemark ne s’est pas démonté. Et son premier ministre Lars Løkke Rasmussen a même évoqué l’idée de «modifier les traités internationaux» auxquels son pays est soumis. Décidément, ces Danois n’ont pas beaucoup d’imagination. Ils se contentent de piquer les idées extrémistes de nos chers politiques…

A se demander ce qui fait le plus peur par les temps qui courent: le million de réfugiés fuyant les guerres ou les réminiscences d’une époque marquée par le fascisme et le délire national-socialiste? Atteintes à l’indépendance de la justice et des médias, affaiblissement des Conventions nées au lendemain de la Deuxième guerre mondiale pour protéger les droits fondamentaux: les démocraties européennes sont en péril. Et la Suisse, tirée dans ce sens par l’UDC, y joue un rôle précurseur.

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