Les pieds dans le plat

L’énergie solaire, le démarrage enfin!

L’énergie solaire a enfin pris son essor, les capacités installées augmentent de façon exponentielle parce que les coûts ont baissé de façon spectaculaire, estime David Hiler

L’actualité nous apporte si peu de raisons de nous réjouir qu’il faut savoir savourer longuement les bonnes nouvelles. Il en est une qui devrait retenir l’attention: la première tranche de ce qui deviendra la plus grande centrale du solaire du monde a été inaugurée à Ouarzazate, au Maroc, dans le désert. Cette centrale thermo-solaire utilise la chaleur du soleil pour produire de la vapeur qui actionne une turbine. Elle peut ainsi alimenter le réseau en continu ce qui n’est pas encore possible avec le photovoltaïque. Sa capacité, une fois l’entier du complexe réalisé, devrait atteindre 580 MW.

Cette réalisation est révélatrice d’un mouvement global que l’on peut résumer ainsi: l’énergie solaire a enfin pris son essor, les capacités installées augmentent de façon exponentielle parce que les coûts ont baissé de façon spectaculaire. Le solaire se développe aujourd’hui principalement dans les pays émergents et aux Etats-Unis; la vieille Europe qui avait joué un rôle pionnier fait du surplace à cause des surcapacités et des suppressions de subventions.

L’évolution est particulièrement spectaculaire pour le photovoltaïque qui, dans certains pays, devient rentable, avec un coût comparable à celui de l’électricité produite avec du charbon (le grand ennemi du climat). Depuis 1980, le coût du photovoltaïque a baissé de 99%. Aux Etats-Unis, au cours des dernières années son prix a encore été divisé par quatre. Les experts estiment qu’en 2020, la filière pourra se passer de tout aide étatique, On est donc passé d’une technologie prometteuse mais hors de prix, développée à dose homéopathique avec d’énormes subventions, à une solution techniquement éprouvée et compétitive, particulièrement adaptée aux zones chaudes et arides.

Ainsi, le rythme de réalisation des nouvelles installations solaires qui était très lent (pour ne pas dire négligeable) jusqu’au début des années 2000 connaît un boom depuis 2008; la croissance est spectaculaire depuis 2011 avec plus de 30 GW installés par an. L’électricité solaire surpasse ainsi l’électricité produite avec du gaz naturel.

La Chine (déjà leader du solaire thermique) est en train de devenir le premier producteur d’énergie solaire de la planète et l’essor au Etats-Unis est tout aussi impressionnant. La zone Asie-Pacifique capte aujourd’hui la majorité des nouvelles installations solaires. Le continent africain, dont le potentiel est immense et dont la population va doubler, suit le mouvement, ce qui est une très bonne nouvelle.

Les perspectives sont d’autant plus prometteuses que la filière solaire conserve un immense potentiel d’innovation, malgré les progrès déjà réalisés. Le recours à d’oxyde de titane et de graphène à la place du silicium pourrait par exemple permettre d’abaisser considérablement les coûts de production. L’utilisation de panneaux solaires comme véritable matériau de construction – un domaine où la Suisse est la pointe de la recherche – ouvre des possibilités infinies. Toutefois, le grand handicap de la filière photovoltaïque reste l’incapacité de stocker l’électricité produite et donc de la faire entrer sur le réseau en fonction de la demande. Les annonces de Tesla et de certains de ses concurrents (Schneider, Mercedes-Benz par exemple) laissent espérer une amélioration sensible à défaut d’une véritable révolution.

Utiliser l’électricité produite pendant la journée, représente une sérieuse avancée, parce qu’on multiplie l’efficacité des panneaux solaires dans les régions rurales et peu peuplées qui n’ont aujourd’hui pas accès à l’électricité. On peut ainsi satisfaire aux besoins légitimes de communautés souvent très pauvres, sans réaliser un réseau de distribution hors de prix, ni faire l’appoint avec des groupes électrogènes.

La transition énergétique n’est pas une utopie: mais un plan d’action parfaitement réalisable dans les pays pauvres comme dans les pays riches. Reste un doute: serons-nous capables de prendre les bonnes décisions en temps et en heure?

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