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Tous pathétiques

Certains prétendent que seuls le droit et les urnes – et non pas la morale – doivent sanctionner les élus. C’est oublier un peu vite que leur comportement n’est pas sans conséquences sur l’image de l’institution qu’ils incarnent

«Vous êtes de quelle origine?» «Irakienne, de Bagdad.» «Ah et vous êtes intégrée, j’espère?»

Voilà la conversation présumée qui a été rapportée sur le profil Facebook d’une journaliste couvrant les activités du Grand Conseil genevois. Son interlocuteur? Philippe Morel, député indépendant et figure professorale de la chirurgie viscérale en Suisse. Coupons court d’emblée aux éventuels effrois et indignations, la teneur des propos n’est connue que de ces deux seuls interlocuteurs. La première soutient sa version. Le second se défend de les avoir tenus – ou alors d’avoir été mal compris. Nous leur laisserons donc l’opportunité de s’expliquer. Du reste, ce n’est pas le sujet.

Non, le sujet réside dans la manière dont quelques voix se sont élevées pour prendre la défense du député suite à la publication de l’échange dans la Tribune de Genève. Le libéral-radical Daniel Zaugg a choisi le ton de la plaisanterie pour venir en aide à son collègue, dont la conversation avait été mal retranscrite, pense-t-il, par le quotidien genevois. «[…] En fait ce n’était pas une journaliste mais une jihadiste et il ne lui a pas demandé si elle est intégrée mais si elle était intégriste. Le clou de l’histoire c’est qu’après cette conversation elle s’est fait sauter!!!».

Comme si la défense de Philippe Morel n’était pas suffisamment assurée avec un tel flamboyant plaidoyer, c’est au tour du MCG Carlos Medeiros de renchérir: «Philippe, c’est la classe. […] Je pense que peut-être la journaliste a besoin de consulter ou de se faire… Piiiiiiiii!!!!» (sic). Ce dernier reviendra plus tard sur son commentaire: «Après avoir parlé à la journaliste en question, je fais mon chemin de «Bagdad». […] Je fais un acte de repentance».

Nous passerons tant sur l’originalité du raccourci «Bagdad-djihadiste», assurément fondé sur une lecture assidue du corpus d’Antoine Sfeir, que sur l’omniscience des deux stagiaires avocats de première année qui consiste à être parfaitement au courant d’une conversation à laquelle ils n’ont pas assisté. Quant à leur sens de l’humour – gras, potache et manifestement misogyne –, avons-nous besoin de commenter?

Si nous relatons cette affaire, c’est qu’elle fait écho aux «aventures nocturnes et lascives d’un procureur genevois». Alors à ceux qui prétendent un peu vite que seuls le droit et les urnes (et non pas la morale) doivent sanctionner les élus, rappelons juste que le comportement de ces derniers n’est pas sans conséquences sur l’image de l’institution qu’ils incarnent. Il ne faudrait pas alors qu’ils se plaignent que les citoyens les affublent du mignon sobriquet: «tous pathétiques».

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