Revue de presse

Fleur Pellerin, l'humiliée du remaniement en France

La très active ministre de la Culture ne s'y attendait pas. Evincée du gouvernement Valls, elle paie ses maladresses, les machistes disent son «inculture». Et les mauvaises langues prétendent déjà que Julie Gayet, la «dame de Valois bis», aurait milité pour l'arrivée aux affaires de son amie Audrey Azoulay

«Dans son carnet de bal, Fleur Pellerin avait noté une escapade à Rome, où elle devait célébrer», hier, «jeudi 11 février, les 350 ans de la Villa Médicis lors d’une grande soirée déguisée», ironise Le Monde. L’annonce de son éviction de la rue de Valois, en milieu d’après-midi, lui aura permis de se dérober à cette ultime mascarade. Car c’est à un cruel jeu de dupes qu’assistaient, depuis plusieurs mois, les milieux culturels et médiatiques. Décrédibilisée par plusieurs erreurs de communication, la ministre avait perdu la main.»

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«La claque», dit L’Obs. Et pourtant, elle était arrivée comme le messie qui devait réveiller un ministère régalien devenu un brin mollasson. Elle devait moderniser et numériser une insititution en mal de visibilité et de grandes figures. Mais en France, dans le cadre du remaniement du gouvernement Valls, Fleur Pellerin quitte bien Culture et Communication «sans avoir réussi à modifier une réputation de technocrate héritée de son passage par le Commerce extérieur et l’Economie numérique, renforcée par des déclarations maladroites», dit l’Agence France-Presse.

Elle ne s’y attendait pas, lit-on un peu partout. Ce jeudi, «atterrée, choquée, elle accuse le coup et manque même de s’évanouir selon certains observateurs», fait remarquer RTL. Cette bosseuse, diplômée de Sciences Po, de l’ENA et de l’Essec avait pourtant réussi à stopper l’hémorragie de son budget, avec des crédits qui se sont stabilisés en 2015 et affichent une hausse de 2,7% pour 2016. Interrogée par BFMTV à la sortie des questions au gouvernement du Sénat, elle disait en être à son «troisième ou quatrième remaniement» et donc «très sereine». Elle est «humiliée», selon Marianne.

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«Une version peu ou prou corroborée par un ministre» qui a assisté «à la scène, cité par Le Figaro ce vendredi», prétend Le Lab politique d’Europe 1. «Selon ce membre du gouvernement, la désormais ex-ministre aurait «fondu en larmes». Et le même d’ajouter: «C’est vraiment vache. Hollande lui avait dit récemment au cours d’un déplacement qu’il était très content de son travail.»

«Prévenue quelques dizaines de minutes avant l’annonce officielle faite par l’Elysée sur Twitter, Fleur Pellerin a donc été totalement prise de court. […] Ces informations ont semble-t-il légèrement indigné l’ancienne ministre Marie-Arlette Carlotti, […] élue des Bouches-du-Rhône [qui] s’en prend au «manque d’élégance «de *quelqu’un* qu’elle prend toutefois soin de ne pas nommer (mais c’est tout comme).» Douce France:

Voilà pour les faits et les rumeurs. son «calvaire […] prend fin» titre pour sa part 20 Minutes, qui semble la croire soulagée. Celle qui voulait «moderniser l’exception culturelle française», affirmait-elle lors de son arrivée en août 2014, aura certes été «de relever fortement le crédit d’impôt pour le cinéma, qui a permis au début de 2016 de faire revenir en France des tournages de films français et de séries qui avaient tendance à se délocaliser»; de revendiquer l’inscription de la liberté de création dans le projet de loi «Création et patrimoine»; d’obtenir «un accord au sein de la filière musicale pour une «juste répartition» des revenus issus du numérique, même si (...) la mise en œuvre opérationnelle pose encore des questions».

«L'affaire Modiano»

Il faut croire que cela est à la fois peu et beaucoup, puisque l’on n’a pas encore parlé du «dossier brûlant des intermittents du spectacle» – avec le fameux happening du comédien Sébastien Thiéry nue devant elle lors de la Nuit des Molières – des aides à la presse «pour les concentrer sur les titres généralistes, en évinçant des journaux condamnés pour racisme, antisémitisme ou incitation à la haine comme Valeurs actuelles» – où l’impitoyable Catherine Nay a instruit le procès de «l’incorrigible» – «mais aussi au détriment de la presse people».

Et puis il y a eu l'«affaire Modiano», calamiteuse et à charge limite machiste. Personne n’a oublié que «deux mois après sa prise de fonction», celle qui est @fleurpellerin sur Twitter s’était déclarée «incapable de citer le moindre livre du Prix Nobel Patrick Modiano. Aïe. Elle avait alors expliqué «ne plus avoir le temps de lire» depuis qu’elle occupait des fonctions ministérielles. La gaffe avait déclenché une telle polémique – d’ailleurs très discutable – dans le monde de la culture qu'elle «aura du mal à redresser le cap».

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Surnommée magistrate «des jeux vidéo», la ministre (voir son profil Facebook) «a pu donner une image d’amateurisme» dans un reportage diffusé sur Canal + l’automne dernier où on la voit incapable de nommer l’auteur d’un tableau sur le mur de son bureau. Excédée, elle a vigoureusement répondu à ces attaques (voir la vidéo ci-dessous), mais le mal était fait. Et ses récents «atermoiements, au début de février, à propos du film Salafistes, n’ont vraiment rien arrangé.

C’est finalement l’ex-conseillère culturelle de François Hollande, Audrey Azoulay (voir son portrait dans Libération), issue de la même promotion, qui lui succède. Une «proche de Julie Gayet que l’on qualifie parfois comme une dame de Valois bis», s’amuse le magazine Closer: «Elle est énarque, comme Fleur Pellerin, et fille du conseilleur de Mohammed VI, le roi du Maroc. Elle est donc en conséquence aussi proche du président, et «très introduite dans les métiers de la culture», où «elle est d’ores et déjà très bien accueillie par les professionnels», dont l’ex-président du Festival de Cannes Gilles Jacob, qui ne ménage pas sa faconde:

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