Éditorial

Pourquoi le Français n’aime pas l’économie

Alors que le monde anglo-saxon dévore les essais sur l’économie, la France reste imperméable à toute pensée liée au marché, à l’entreprise ou à l’innovation. D’ailleurs la plupart des livres ne sont même pas traduits

Toutes les idées ne sont pas bonnes à diffuser. Surtout quand elles ont trait à l’économie. La plupart des essais dans le domaine et publiés en anglais ne sont en effet que très tardivement, si ce n’est jamais, traduits en français. Alors que les Etats-Unis, et le monde anglo-saxon en général, restent une formidable machine à réfléchir sur le marché, l’innovation, la stratégie des entreprises, la finance ou encore le management, nous n’en percevons ici que de très lointains échos.

Lire également : Un livre éco, quelle horreur!

Quand des prescripteurs comme Bill Gates et Mark Zuckerberg exposent en fin d’année – comme ils en ont pris l’habitude – ce qu’ils ont lu d’important les mois écoulés, les lecteurs francophones doivent s’en tenir à un triste constat: la plupart des ouvrages retenus ne sont pas disponibles en français. La langue qui se veut être celle des intellectuels – au moins à Paris – ne couvre plus tout un champ de la pensée et de la recherche en sciences humaines. A la place, nous avons Joseph Stiglitz et Jeremy Rifkin, des auteurs, certes intéressants, mais classés à gauche et qui ne pèsent pas lourd dans le débat global. Un peu comme Woody Allen dont les films ont plus de succès en France qu’aux Etats-Unis. Phénomène sympathique mais qui témoigne aussi de la perte d’influence du génial cinéaste.

Que les éditeurs francophones ne publient que des auteurs radicaux, anti-système ou très prisés par la gauche dans l’Hexagone ne doit pas nous écarter de l’essentiel. Ceux qui réfléchissent à l’économie et influencent les affaires et les politiques publiques doivent être lus en anglais. Signe que notre culture a du mal à s’insérer dans le débat global, ces essayistes se voient par ailleurs traduits beaucoup plus vite en espagnol, en allemand ou en chinois. Ce qui témoigne d’une allergie très francophone à tout ce qui concerne l’économie et le marché, sans même parler du libéralisme.

Le jeune François Mitterrand, qui confiait à son frère donner plus de valeur à la poésie qu’à une découverte médicale, résume bien le mal francophone. Ce romantisme qui fait d’emblée préférer la fiction aux essais, le beau verbe au beau geste, le grand soir plutôt qu’aux idées nouvelles laisse peu de place à la réflexion apaisée. Et condamne les francophones à rester en marge du débat global.

Publicité