Revue de presse dominicale 

L'UE voudrait toucher au fusil d'assaut des Suisses

Avec sa proposition de durcir les dispositions sur la détention d’armes en Europe, le président de la Commission européenne Jean-Claude Junker suscite l’indignation. La presse s’interroge aussi sur les effets sur la relation Suisse-UE de l’accord qui vient d’être conclu entre Bruxelles et Londres.

«Touche pas à mon fusil d’assaut», titre le SonntagsBlick, qui commente ainsi, en la rejetant, une proposition énoncée vendredi par le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. Le durcissement des dispositions sur la détention d’armes que le leader européen préconise afin de prévenir le terrorisme remet en cause la tradition helvétique de l’arme de service gardée à domicile. 

Les armes à feu automatiques et semi-automatiques tomberaient sous le coup du durcissement envisagé pour la vente et pour l’enregistrement. Le président sortant du PDC, Christophe Darbellay, qui pose fièrement dans ce journal avec son fusil, tient la proposition européenne pour inacceptable,  car incompatible avec le système suisse d’armée de milice. Un point de vue partagé par d’autres politiciens et des représentants des milieux des tireurs, auxquels le journal donne la parole. 

Le Conseil fédéral admet que la Suisse, en tant que membre de l’accord de Schengen, ne saurait se soustraire à ce durcissement, précise l’hebdomadaire alémanique. C’est ce que le gouvernement suisse a répondu cette semaine à la conseillère nationale Rebecca Ruiz (PS/VD). Celle-ci s’efforce de calmer le jeu : «On peut prôner notre souveraineté, mais il est impensable de croire qu’on peut avoir notre propre politique sans concertation forte avec nos voisins, déclare-t-elle dans Le Matin Dimanche. Cela créerait un appel d’air pour venir se fournir d’armes en Suisse.»  

Verena Rey-Bellet, qui a perdu son fils, sa fille et son beau-fils dans un drame dont une arme militaire a été l’instrument, a en revanche de la compréhension pour le durcissement envisagé. «Il est toujours trop facile d’accéder à une arme», plaide-t-elle.  

La fin de la clause de sauvegarde unilatérale

Le fusil d’assaut à domicile va-t-il ajouter une nouvelle couche d’aigreur dans les relations entre la Suisse et l’UE ? Le Conseil fédéral, lui, cherche toujours l’œuf de Colomb qui permette d’appliquer l’initiative «contre l’immigration de masse» sans se brouiller avec nos voisins. Selon la SonntagsZeitung, le gouvernement aurait renoncé à l’idée qu’il défendait lui-même il y a quelques semaines encore, avec le soutien d’Economiesuisse : celle d’une clause de sauvegarde unilatérale permettant de limiter l’immigration.

Tant le président du PLR, Philipp Müller, que le chef du groupe parlementaire socialiste, Roger Nordmann, ont fait connaître leur rejet d’une telle clause unilatérale, qui ne serait pas crédible à leurs yeux pour les partenaires européens. Au lieu de cela, le Conseil fédéral devrait s’efforcer d’obtenir de l’UE plus de temps pour trouver une solution négociée autour du concept de «préférence indigène» en matière de main-d’oeuvre.

Mais qu’a donc obtenu Cameron ?

L’accord tout frais intervenu entre l’UE et la Grande-Bretagne donne par ailleurs lieu à des appréciations très diverses sur sa portée et sur la manière dont la Suisse pourrait en tirer profit. Le référendum fixé par Londres au 23 juin prochain empêche certes toute avancée du dossier suisse d’ici là, note la NZZ am Sonntag, ce qui fait que le calendrier devient quasiment intenable pour le Conseil fédéral, qui doit mettre en oeuvre l’initiative de l’UDC. Sur le fond toutefois, l’hebdomadaire zurichois estime que «Cameron a fini par obtenir ce qu’il voulait et forcé en tout cas l’UE à davantage de pragmatisme.» 

«Pour la Suisse, le dernier espoir (de mettre en œuvre l’initiative de l’UDC en se conformité avec l’UE) est mort, analyse en revanche dans le SonntagsBlick Dieter Freiburghaus, expert en droit européen. Selon lui, le premier ministre britannique n’a obtenu que des «cacahouètes» et aucunement de pouvoir freiner l’immigration, même s’il prétend le contraire devant son opinion publique.  

Les syndics de Zurich et de Lausanne les mieux payés

Corine Mauch et Daniel Brélaz, syndics de Zurich et de Lausanne, sont les maires les mieux payés de Suisse, avec un 100% rétribué respectivement à 295 000 et 276 000 francs. Le Matin Dimanche et la SonntagsZeitung, qui se sont plongés dans les chiffres des rétributions de tous les chefs d’exécutif communal, constatent aussi que les écarts de revenus pour cette fonction sont considérables, en particulier entre villes de taille moyenne. En Suisse romande, Bienne et Bulle représentent les deux extrêmes dans cette catégorie. Avec plus de 20 000 francs bruts par mois, Erich Fehr, maire de Bienne, et l’un des mieux payés du pays. Yves Menoud, son homologue de Bulle, se contente de moins de 8000 francs.

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