Charivari

On est tous égaux face à la beauté de Lavaux

La beauté peut-elle rendre meilleur ou plus heureux? Réponse dans un panorama de rêve, sous un soleil radieux. Chronique d’une Genevoise émue

Entrer dans un paysage. Ne plus seulement en savourer l’image depuis la route ou le rail, mais le parcourir dans ses reliefs et ses sentiers. Dimanche dernier, il faisait si beau que nous n’avons pas résisté à l’appel de Lavaux. Train jusqu’à Puidoux-Chexbres et retour sur Lausanne à pied.

Les Vaudois ne me croiront pas, mais c’est la première fois que je foulais ces pentes fruitées inscrites au patrimoine mondial de l’Unesco, cette valse à trois temps, vignes-lac-montagnes, qui fait à juste titre tourner la tête des Japonais. Le ciel était limpide, le soleil impérial, la vue belle à tomber. Et parcourir longtemps, à pas d’hommes, ces chemins accidentés n’a pas réduit ma sensation d’éblouissement. J’ai dû dire 47 fois «Que c’est beau!» en ressentant, chaque fois, la même fascination, incrédule, hébétée.

La beauté est-elle liée à la bonté?

Avec cette question, immuable: y a-t-il un lien entre la beauté et la bonté? En grec ancien, le lien existe, il a même été fixé dans la langue. Kalos kagathos, forme raccourcie de kalos kai agathos, signifie beau et bon. Autrement dit, drôlement accompli. Dans la mythologie, ce n’est pas Ulysse qui décroche ce titre, mais Achille aux corps et cœur parfaits – souvenez-vous Brad Pitt übermusclé dans Troie, le film de tous les exploits… Puisque dans notre monde postmoderne, on ne croit plus aux hommes idéaux, la question devient plus intéressante ainsi posée: est-ce que la beauté peut rendre meilleur, bienveillant, spirituellement éclairé?

… peut-être que non

J’aimerais dire oui, car, dimanche, dans ce paysage sublime, je me suis sentie illuminée de l’intérieur. Mais on sait bien que non. Les résultats des votations prouvent régulièrement que des contrées de rêve ne donnent pas toujours des scrutins palpitant d’humanité. Le beau ne rend donc pas forcément bon.

Oui, mais, rétorquent mes garçons, 18 et 20 ans au compteur, le beau rend heureux. Etre beau, disent-ils, garantit allégresse et succès. Et pas que dans les affaires de cœur. «Les beaux se reconnaissent entre eux, se choisissent, construisent leur société, leur univers protégé. C’est injuste, mais c’est prouvé.» J’ai pensé comme eux à leur âge, l’âge de tous les clivages. Mais avec le temps, j’ai évolué. J’ai vu que, plus que la beauté, c’est la force intérieure, cette espèce de vigueur de l’âme, qui permet, par instants, un accès au bonheur. Et cette force, rien de tel qu’un panorama de rêve pour l’alimenter. On est tous égaux face à Lavaux.

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