Opinion

Jeune Afrique? Vraiment?

Ce qui frappe l’éditeur Pierre-Marcel Favre, c’est que le continent africain est bien plus que les autres dominé par des vieillards qui s’accrochent au pouvoir et/ou ont mis en place un système dynastique

Incontestablement, l’Afrique est jeune et le sera toujours plus. Un milliard d’habitants maintenant, qui seront deux milliards dans une génération. L’âge moyen? Moins de vingt ans! Le taux de fécondité est estimé à 4,7 enfants par femme, contre une moyenne mondiale de 2,5. Mais ce qui frappe, c’est que le continent est bien plus que les autres dominé par des vieillards qui s’accrochent au pouvoir et/ou ont mis en place un système dynastique.

2017 verra une quinzaine d’élections très relativement démocratique. En faisant un petit tour d’horizon, qu’est-ce qui nous frappe? Tout est joué! C’est assez édifiant. Ce qui ne veut pas dire que les chefs sont nécessairement mauvais et que les opposants feraient mieux.

Une liste longue comme le bras

Au Gabon, Omar Bongo a régné quarante-deux ans! Et c’est son fils qui lui succède en 2009. Ali Bongo Ondimba a aujourd’hui 50 ans. Sept ans de pouvoir. Le prix du pétrole, qui reste la ressource principale, au plancher. C’est encore plus problématique que la transmission du pouvoir de père en fils…

Au Congo-Brazzaville, Denis Sassou-Nguesso, 72 ans, est déjà président depuis trente-deux ans, à part une interruption de cinq ans. Comme nombre de ses confrères, il a fait changer la constitution pour se représenter à l’élection présidentielle.

A Djibouti, Ismaïl Omar Guelleh est aujourd’hui en place depuis dix-sept ans, après avoir promis qu’il ne se représenterait pas. Mais le Président a là aussi fait changer la loi en sa faveur.

Quant au Congo-Kinshasa, septante-cinq millions d’habitants, il est aussi «victime» d’une dynastie. Laurent-Désiré Kabila a tenu le pays de 1997 à 2001 avant de se faire assassiner. Son fils, Joseph, a été élu en 2006, et il brigue sans risque un troisième mandat, malgré la constitution…

Au Tchad, Idriss Déby Itno préside à Djamena depuis vingt-cinq ans! Cinq mandats.

En Guinée Équatoriale, ancienne colonie espagnole, à cheval sur une île et une portion de continent, le patron Teodoro Obiang Nguema Mbasogo est là depuis trente-six ans. Dans ce pays, de moins d’un million d’habitants, son fils, Mangué, est déjà désigné comme héritier du pouvoir. Au crédit de Teodoro, avoir remplacé son oncle, Francisco Macias Nguema dictateur de 1968 à 1979 avec un régime encore plus despotique.

En Ouganda, Yoweri Musuveni est le boss depuis trente ans, après avoir pris le pouvoir pour les armes. Et lui aussi a changé la constitution en sa faveur.

En Gambie, Yahya Jammeh règne depuis vingt-deux ans. Il a quitté le Commonwealth et instauré l’arabe comme langue officielle. Le 4e pays le plus pauvre au monde est devenu une République islamique…

A Luanda, le président angolais José Eduardo dos Santos, 73 ans, est le maître depuis trente-sept ans. Sa fortune a fait de sa fille, Isabel Dos Santos, Russo-Angolaise, le premier investisseur au Portugal…

L’Algérie, dont le budget est assuré par le pétrole à 97%, est au bord de l’asphyxie financière. Le chômage des jeunes atteint des niveaux record. Les impayés se multiplient et Abdelaziz Bouteflika, impotent, 72 ans, au pouvoir depuis dix-sept ans, fait des concessions aux islamistes, qui de l’intérieur et de l’extérieur se préparent à l’offensive. Et il se trouve en mauvais termes avec l’armée!

De son côté, Paul Kagame tient fortement les rênes depuis seize ans au Rwanda et, en novembre 2015, il a fait voter une modification constitutionnelle qui lui permet de se présenter à l’élection présidentielle de 2017.

Au Togo, Faure Gnassingbé a finalement repris le pays tenu par son père Eyadema pendant trente-huit ans. Il fonctionne depuis 2005.

La palme à Mugabe

La palme de la longévité et surtout de l’inefficacité revient à Robert Mugabe, 92 ans, qui gouverne désastreusement le Zimbabwe depuis 1987, soit pendant vingt-neuf ans. L’inflation du pays ressemble à celle de l’Allemagne des années 1930. Au début de 2015, le dollar zimbabwéen est toujours inutilisé, au profit de multiples monnaies, principalement le dollar américain et le rand sud-africain.

En Erythrée, Issayas Afewerki a gagné la guerre de l’indépendance contre l’Ethiopie, malgré une population dix fois moins importante. Il tient le pays depuis vingt-deux années. On compare son pays à la Corée du Nord. Ayant visité les deux nations, je peux témoigner que la situation est pire encore dans de nombreux autres pays, par exemple le Soudan, le Nord Congo, la Centreafrique, le Burundi, etc.

Les roitelets du Swaziland Mswati III et Letsie III sont là respectivement depuis trente et vingt ans!

Au Maroc, Mohamed VI a le pouvoir économique et théocratique depuis dix-sept ans après son père Hassan II qui a gouverné trente-huit ans. Un parlement islamisant. Et de très lourdes menaces d’attentats.

Et ceux qui gèrent bien

Ajoutons que, bien heureusement, quelques états africains sont plutôt bien gérés, avec des personnalités remarquables comme, par exemple, le Ghanéen John Dramani Mahama ou l’Ivoirien Alassane Ouattara.

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