Digitale attitude

Le droit à la déconnexion des salariés

Que penser de ce droit, actuellement discuté en France, de ne pas répondre aux mails en dehors des heures de bureau, afin de permettre un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée?

Le droit à la déconnexion en France est à nouveau d’actualité. Cette proposition inspirée du rapport de Bruno Mettling, directeur général adjoint RH du groupe Orange, remis au gouvernement en septembre dernier, a été inclus dans le projet de loi El Khomri sur la réforme du travail.

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Il s’agit du droit des salariés de ne pas répondre aux mails en dehors des heures de bureau, afin de permettre un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Les modalités de ce droit doivent se négocier au sein de chaque entreprise. Permettre aux employés de se débrancher est une préoccupation prise au sérieux dans de nombreuses industries. Volkswagen a annoncé en 2011 que leurs serveurs seraient mis en état de veille entre 18h15 et 7h. Canon France, Orange, le Groupe Viacom parmi d’autres, ont instauré des «journées sans courriels» pour encourager leurs employés à communiquer de vive voix.

Selon une étude réalisée par Edenred-Ipsos en 2014 sur l’emploi en Europe, le phénomène du «blurring» s’accélère dans tous les pays. Les salariés sont sollicités par leur travail en dehors des horaires professionnels mais en contrepartie, ils traitent leurs affaires personnelles pendant les heures de bureau.

Protéger contre le burnout

La ministre Myriam El Khomri, en proposant un droit à la déconnexion, cherche à protéger les employés contre le syndrome d’épuisement professionnel ou burnout en leur offrant une protection juridique. Selon une étude de l’APEC, 76% des cadres consultent leurs mails professionnels en dehors de bureau. Selon un porte parole de l’Ugict-CG dans L’Express: «Ces heures supplémentaires ne sont ni payées ni récupérées» et il dénonce «une explosion de cette forme de travail au noir».

S’il est logique que les employés dans de nombreux domaines obtiennent des conditions de travail prenant en compte la pénibilité et le droit aux heures supplémentaires, proposer un droit à la déconnexion dans la nouvelle économie participative paraît absurde. Pour Jean-Emmanuel Ray, professeur en droit social, interviewé par l’AFP, le droit à la déconnexion «est culturellement et générationnellement dépassé». Les employés se connectent depuis là où ils sont et à n’importe quel moment. C’est à la fois une servitude et une liberté.

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