Opinion

Pourquoi «Demain» plaît tant

«Demain»? «C’est aujourd’hui, à côté de chez moi, ce pourrait être moi, ce sera moi!», estime René Longet, expert en développement durable

Ce n’est donc pas un produit interchangeable de la globalisation, reflet du zapping et de la civilisation des loisirs, qui a remporté la palme de l’engouement du public. Et si le public en avait justement assez du superficiel, de la distraction devenue lavage de cerveau? Un peu comme l’austère candidat Sanders aux Etats-Unis, qui, sans chichis ni téléprompteur, dit des choses toutes simples: pour qu’une société vive, elle doit donner de l’espoir. Pour qu’une société pratique le respect, il faut que les gens se sentent respectés. Pour qu’une société fasse sens, il faut qu’elle donne du sens et que la loi du plus riche et du plus fort n’épuise pas les sujets.

«Demain»? Quel titre plus banal que cela? Quelle mise en scène moins sophistiquée que celle-ci? Qui aurait parié qu’un alignement de bonnes pratiques, de bonnes volontés, fasse salles combles? Alors essayons de comprendre. En 25 ans le PIB mondial a été multiplié par 4. Nous n’en sommes pas devenus 4 fois plus heureux. Les inégalités ne se sont pas réduites, au contraire. Les menaces sur l’environnement planétaire non plus. Le chômage demeure un fléau, notamment pour les jeunes. Alors que nous aurions largement de quoi accueillir autour de la table tous les membres de la famille humaine, il reste plus d’un humain sur 7 à ne pas parvenir à satisfaire des besoins de base.

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Voici bientôt 80 ans, Gandhi énonçait que «tous les hommes ont un droit égal aux biens nécessaires à l’existence». Il est profondément frustrant qu’on n’y soit toujours pas arrivés. Malgré toutes les résolutions en faveur d’un développement durable, le modèle dominant, admettant, organisant l’irrespect, voire la destruction, tant des bases de la vie que des vrais besoins des humains, continue d’être le repère auquel s’accrochent les dirigeants du monde. Et des foules croissantes de manifester, avec l’énergie du désespoir, contre Wall-Street, les accords de libre-échange, la marchandisation du monde et de l’avenir.

Dans ce chassé-croisé de l’impuissance et de la désespérance, voici que tout d’un coup, une équipe jeune, fraîche, sans prétention, laisse parler le réel, ouvre le regard sur une transition possible, existante, éclaire notre chemin! Un chemin accessible à tout un chacun, à la vendeuse du supermarché comme au postier, à la chômeuse d’ici autant qu’à l’artisan de là-bas.

Permaculture en Normandie. Ecole active en Finlande. Monnaie complémentaire en Suisse – depuis les années 30, démocratie locale en Inde – dans un Etat de près de 75 millions d’habitants… Ni alibi, ni utopie, ni destin d’ermite ou d’ascète, c’est du quotidien en action, par et pour des personnes du quotidien. Qui en vivent, agréablement. Qui s’en nourrissent physiquement et spirituellement, alertes et allègres. Qui en parlent. Et qui le font. Du coup le repli sur soi n’aura pas le dernier mot.

«Demain» est aussi une façon de dépasser la lassitude du public à l’égard des dénonciations catastrophistes et de la politique y compris sous sa forme verte. C’est que pour le public la politique est à côté de la vraie vie, est une catégorie qui fait peur, n’est pas comprise. Alors qu’ici elle prend la forme du concret, du vécu, de l’immédiat, du non-compartimenté; on ne reste pas non plus dans l’inconfort de la mauvaise conscience. Ce tour du monde des pionniers d’aujourd’hui illustre magnifiquement l’exhortation d’Edgar Morin: «il ne suffit plus de dénoncer. Il faut désormais énoncer» («La Voie», p. 57). Avec ce film, le développement durable tient son levier d’action, et la coïncidence avec sa concrétisation en 17 objectifs internationalement validés frappe. Ce n’est plus la rencontre du global et du local, mais du cadre de référence et de sa mise en musique. «Demain»? C’est aujourd’hui, à côté de chez moi, ce pourrait être moi, ce sera moi!

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