Editorial

Avantage aux terroristes

Les pays européens n’ont pas pu anticiper les dernières attaques. Si les populations continuent à douter de leur gouvernement, les terroristes auront une longueur d’avance

C’est une question terrible mais une question qu’il faut poser: et si les terroristes étaient en train de gagner la guerre? Se jouant de la surveillance policière, ils officient comme bon leur semble. Des tueurs sanguinaires ont semé mardi la mort au cœur de l’Europe comme il y a peu au cœur de Paris, du Maghreb en Afrique et ailleurs encore. Les forces de sécurité sont en état d’alerte mais rien n’y fait. Comme une réplique à l’arrestation de Salah Abdelslam ce week-end en Belgique surviennent des attaques kamikazes en plein Bruxelles: quand l’Etat islamique a décidé de frapper, personne n’est aujourd’hui en mesure d’arrêter ses soldats fanatiques.

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Depuis un peu plus d’un an et les attaques contre Charlie Hebdo, l’appréhension du phénomène djihadiste en Europe a évolué. Les forces de police rencontrent malgré tout des succès et les pays coopèrent davantage que par le passé. Mais cela ne va pas assez vite. Il apparaît désormais clairement que l’ennemi vient de l’intérieur et des mois de discussions, dans les familles, sur les plateaux de télé comme chez les intellectuels, ont enfin permis à beaucoup d’ouvrir les yeux.

Il n’est pas raciste, ni anti-musulman, de dire qu’il y a des problèmes dans certaines parties de la population. Que la misère à Molenbeek et dans certaines banlieues françaises entraîne des phénomènes de radicalisation chez des jeunes désœuvrés. Que certains d’entre eux, mêmes plus intégrés au départ, choisissent de basculer dans le terrorisme par romantisme et besoin d’absolu. Le grand vide laissé par les idéologies et la politique crée l’envie chez certains de se trouver un destin commun qui passe très accessoirement par la religion – qu’ils ne respectent pas - et principalement par l’exaltation d’un sentiment de revanche sur la monotonie de la vie. Ces terroristes sont d’abord des criminels qui se livrent au trafic d’armes et de faux papiers et imposent la loi du silence à leur communauté.

Des paumés, il y a en a partout. C’est la raison pour laquelle, une bonne partie de la population – y compris en Suisse – devrait se réveiller et arrêter de croire que la meilleure manière de lutter contre le terrorisme consiste à être tolérant quand des comportements témoignant d’une radicalisation apparaissent. Nous serions tous des mauvais fils/filles, pères/mères, frères/sœurs, maris/épouses et citoyen (ne) s si à l’urgence de la situation nous répondions par une attitude trop angélique ou défaitiste.

Nous ne devons pas tourner la tête lorsque les signaux d’alerte virent au rouge vif. Quand des employés se radicalisent sur le site de l’aéroport de Genève, il faut agir. Des Bruxellois interrogés hier estiment qu’ils s’attendaient bien à ce qu’un jour ou l’autre des bombes explosent dans leur ville. Quand la population doute à ce point de ses autorités, c’est que l’avantage est bel et bien du côté des terroristes.

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