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Un climatosceptique de renom démasqué

Le réputé physicien Willie Soon clame que les changements climatiques sont liés à l’activité du Soleil et non aux émissions de dioxyde de carbone. Problème: il a omis de mentionner ses liens avec les lobbys du pétrole et du charbon

 

Willie Soon s’est-il approché trop près du Soleil? Ce climato­sceptique du Harvard-Smithsonian Center for Astrophysics martèle justement depuis des années que c’est cet astre qui serait à l’origine de l’élévation globale des températures et non pas l’activité humaine, comme le prétend l’immense majorité des chercheurs. Il est ainsi l’un des noms que l’on brandit lorsque l’on veut contester le fait que ce serait les émissions de dioxyde de carbone (CO2) qui sont à l’origine du réchauffement climatique.

Wei-Hock Soon, de son vrai nom, a multiplié les conférences, les articles dans les revues scientifiques, les plateaux télévisés et a même été amené à témoigner devant le Congrès américain. Le problème est que la plupart de ses travaux ont été financés par les industriels du pétrole et du charbon et qu’il a omis de mentionner ces liens, s’affranchissant ainsi de l’obligation de signaler d’éventuels conflits d’intérêts, susceptibles d’entacher l’objectivité de son travail.

L’astrophysicien a pourtant accepté, au cours de la dernière décennie, pas moins de 1,3 million de dollars (1,1 million d’euros), versés par des lobbys industriels, selon des documents révélés par l’association Greenpeace. Pas moins de onze articles ont ainsi été publiés depuis 2008 sans faire mention de ses liens avec l’industrie des énergies fossiles, dont huit en violation évidente avec les règles éthiques des publications qui ont accepté de l’accueillir.

Le dernier cas en date a été révélé le 26 janvier par le Boston Globe. Il s’agissait d’un article paru dans la revue académique chinoise Science Bulletin , qui démontait la méthodologie utilisée par les climatologues des Nations unies pour estimer l’évolution des températures. Le papier concluait que les menaces de réchauffement climatique étaient largement exagérées. Or, Science Bulletin impose aux auteurs qu’il accueille dans ses colonnes de signaler tous les intérêts financiers, récompenses ou allocutions qui pourraient influer sur leur travail. A la fin de l’article en question, les quatre signataires, dont M. Soon, affirmaient n’avoir aucun conflit d’intérêts dans le cadre de cette publication.

Les soupçons qui pèsent sur l’astrophysicien ne sont pas nouveaux. Mais Greenpeace, en collaboration avec le Climate Investigations Center, a réussi à obtenir l’origine précise des soutiens accordés à M. Soon dans le cadre du Freedom of Information Act (FOIA), la loi américaine sur la liberté de l’information, qui oblige les agences fédérales à transmettre leurs documents à quiconque en fait la demande. Le Harvard-Smithsonian Center for Astrophysics, basé à Cambridge (Massachusetts), regroupe 300 chercheurs au sein d’une coopération entre la prestigieuse université et la Smithsonian Institution. Cette dernière est une agence gouvernementale, ce qui a permis d’utiliser la FOIA.

Les documents obtenus par Greenpeace montrent dans le détail les liens financiers qu’entretient M. Soon avec quantité d’intérêts industriels. Ceux-ci vont de l’American Petroleum Institute à la Texaco Foundation ou à l’ExxonMobil Foundation, en passant par les frères Koch, ces milliardaires libertariens, principaux bailleurs de fonds de l’aile conservatrice du Parti républicain et contempteurs très actifs de la législation pour le changement climatique.

Ces documents permettent de mettre au jour les échanges dont les articles de M. Soon ont fait l’objet avec les lobbys des énergies fossiles. On y découvre ainsi que les articles de M. Soon étaient annotés avec la mention «livrable», lorsqu’ils étaient achevés, avant qu’ils ne soient rémunérés par ces organismes. C’est ce même terme qui avait été utilisé lorsqu’il avait préparé son audition devant le Congrès.

La thèse de M. Soon est par exemple résumée dans un article de 2009, publié sous le titre «It’s the sun, stupid!», dans lequel il affirme que «le Soleil provoque le changement climatique dans l’Arctique […]». Ses travaux prétendent ainsi invalider «l’hypothèse que le CO2 est une cause majeure du changement climatique observé – et soulèvent de sérieuses questions quant à la sagesse d’imposer un système de plafonnement et d’échange [du CO2] ou d’autres politiques qui paralyseraient la production d’énergie et l’activité économique, sous prétexte de «prévenir un changement climatique catastrophique.»

Des hypothèses qui ont servi d’arguments à plusieurs membres du Congrès pour bloquer les initiatives en faveur de la lutte contre le changement climatique. Pas plus tard qu’en janvier, lors d’un débat sur le sujet, James Inhofe, le sénateur républicain de l’Oklahoma, assurait encore à propos d’un groupe de chercheurs incluant M. Soon: «Ce sont des scientifiques qui ne peuvent pas être contestés.»

Charles Alcock, le directeur du Harvard-Smithsonian Center for Astrophysics, reconnaît que M. Soon a violé les règles de conflit d’intérêts de plusieurs publications. «Je pense que c’est un comportement inapproprié», a-t-il fait savoir dans une interview au New York Times , ajoutant que «cela devient une question personnelle, que nous devons régler en interne avec M. Soon». Ce dernier, pour le moment, a choisi de garder le silence.

 

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