Fraude alimentaire

Des tests ADN pour mon assiette

De nouvelles technologies permettront bientôt aux consommateurs d’identifier l’origine de la nourriture qu’ils consomment. Gianpaolo Rando, de l’Université de Genève, travaille sur un test

Des tests ADN pour mon assiette

Fraude Des chercheurs genevois mettent au point une technologie d’identification des aliments

> Les végétariens et les allergiques pourront s’assurer de ce qu’ils mangent

Qu’y a-t-il dans mon assiette? Deux ans après le scandale des lasagnes à la viande de cheval, et alors qu’un grossiste a été condamné aux Pays-Bas pour avoir vendu du cheval pour du bœuf, le consommateur a encore peu de moyens d’identifier ce qu’il mange. Difficile de s’assurer que son plat du jour ne contient pas d’OGM ou que des merguez n’ont pas été coupées à la viande de porc. Des technologies comme le code-barres ADN permettent déjà de réaliser des analyses plus rapides et moins coûteuses que par le passé, mais demeurent hors de portée des particuliers.

Une course est lancée pour la mise sur le marché de tests fiables, rapides et bon marché. Gianpaolo Rando, maître assistant en biologie moléculaire à l’Université de Genève, développe un de ces produits au sein d’une spin-off de l’Université de Genève, SwissDeCode. Le chercheur a mis au point un système de bandelettes imprégnées d’encres qui changent de couleurs en présence d’un ADN précis. L’idée est de rassembler sur un même test une centaine d’analyses. Le résultat pourra être lu grâce à un Smartphone.

L’objet ressemblera à un test de grossesse. Avec un papier absorbant à mettre en contact avec la nourriture et une fenêtre où s’affichera le résultat. «La nourriture rencontrera des capteurs liés à des circuits chimiques, explique Gianpaolo Rando. Cela fonctionne comme un puzzle qui cherche à identifier un brin d’ADN spécifique à un animal, un végétal ou une bactérie. Si un ADN complète les pièces manquantes, la couleur apparaît au niveau du capteur correspondant. Le test reconnaît certaines séquences d’ADN, mais ne lit pas le génome.» Aujourd’hui, en laboratoire, son test sur la viande de porc fonctionne en vingt minutes, mais le chercheur veut ramener ce délai à une minute. L’Université est en train de faire breveter le processus pour pouvoir ensuite récolter des fonds et développer des prototypes.

N’importe quel organisme peut être identifié grâce à cette technologie. Le test permettra de déterminer la présence de plusieurs sortes de viande et d’allergènes comme les fruits de mer, les fraises ou les noix. Un outil précieux pour les personnes fortement allergiques qui n’osent souvent pas manger au restaurant. Mais que se passe-t-il si par exemple un morceau de cacahuète ne traîne qu’à un endroit précis de l’assiette? «L’ADN est extrêmement contaminant, explique Gianpaolo Rando. Il se répand partout dans la nourriture. Mais pour être sûre, le consommateur peut piocher de la nourriture à deux ou trois endroits différents de l’assiette.»

Le résultat sera affiché sous la forme d’une grille comprenant une multitude de points. Pour sécuriser les résultats, un même capteur sera présent en différents points de la grille. Par exemple, le détecteur de la viande de bœuf apparaîtra en haut à gauche, au milieu et en bas de la fenêtre. En passant son smartphone sur la grille, l’utilisateur saura ce que contient son assiette: viande, arachides ou autres allergènes, etc. Il sera aussi possible de déterminer la présence de certaines bactéries qui pourraient vous rendre malade. Ou même des OGM, du gluten ou des produits d’origine animale.

Gianpaolo Rando aura besoin d’un ou deux ans pour développer ses produits et compte une année supplémentaire pour les tester. «Pour les personnes allergiques, les conséquences peuvent être importantes, estime le chercheur. Nous devrons nous assurer que les résultats sont fiables à 100%.» Il aimerait également coupler ses tests à une application permettant aux consommateurs de signaler les restaurants ou les commerces fraudeurs. Il estime que sa technologie serait bon marché, aux alentours de 50 ct. le test.

Le chercheur romand n’est cependant pas seul sur ce nouveau marché prometteur. Quelques produits analogues sont mêmes déjà en vente. Comme le HalalTest, fabriqué par l’entreprise française Capital Biotech, qui détecte en cinq à dix minutes la présence de porc ou d’alcool dans un échantillon. Mis en vente fin 2014 avec un certain succès, il coûte entre 4.90 euros et 6.90 euros pièce. Cette technologie utilise la reconnaissance d’une molécule spécifique du porc. Capital Biotech veut lancer prochainement des tests détectant la présence d’allergènes comme les œufs, le soja ou les amandes, sous la marque Food Confirm. Avec la multiplication des régimes végétariens, religieux, sans gluten ou autres, couplée à la consommation de plats tout préparés, la demande pour ce type d’analyses existe. D’autant plus que la confiance dans l’industrie agroalimentaire est au plus bas. Demain, peut-être, le consommateur se fera laborantin. Gare alors aux fraudeurs.

Le test permettra de déterminer la présence de plusieurs sortes de viande et d’allergènes comme les noix

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