astronomie

Une vaste battue aux extraterrestres se solde par un échec

Des scientifiques ont passé au crible 100 000 galaxies à la recherche de traces d’une civilisation extraterrestre

Echec d’une vaste battue aux extraterrestres

Astronomie Des scientifiquesont passé au crible 100 000 galaxiesà la recherche de civilisations extraterrestres

La traque n’a pour l’heure rien donné, mais se poursuitavec des instruments plus puissants

Cent mille galaxies passées au peigne fin. Aucune ne s’est trahie. La plus vaste des opérations de chasse aux civilisations extraterrestres s’est provisoirement soldée par un échec. C’est ce qu’a annoncé mercredi un groupe d’astronomes américains dans la revue scientifique spécialisée The Astronomical journal – Supplement series.

Bien des scientifiques sont persuadés que nous ne sommes pas seuls dans l’Univers. Ce serait en effet un extraordinaire hasard que la vie n’ait pu se développer que sur Terre. Rien que dans la Voie lactée, la galaxie qui nous héberge, il y a peut-être des milliards de planètes susceptibles d’offrir des conditions propices à la vie. Une raison suffisante pour imaginer ce que pourrait être une autre civilisation.

L’un des pionniers de cette réflexion est le radioastronome soviétique Nikolai Kardachev qui s’était interrogé dès 1964 sur les moyens de communication dont pourrait disposer une civilisation très avancée, très ancienne et lointaine, mais capable d’émettre des signaux assez puissants pour être captés sur Terre. Kardachev avait proposé une échelle pour classer les civilisations en fonction de leur capacité à transformer l’énergie. Le premier échelon correspond à une société capable de mobiliser toute l’énergie disponible sur sa planète. Le type 2 aux civilisations qui savent récupérer la totalité de l’énergie de leur étoile. Et le type 3, à celles qui maîtrisent l’énergie de l’ensemble des étoiles de leur galaxie!

Inutile de dire que nous autres, êtres humains, en sommes encore loin! L’astronome américain Carl Sagan, avait calculé, en 1973, que les humains avaient atteint le niveau 0,7 et qu’ils franchiraient le premier échelon dans environ trois cents ans. Mais cette situation ne doit pas nous empêcher d’observer des signaux émis par des civilisations beaucoup plus avancées que nous. Selon Kardachev, notre technologie serait d’ores et déjà capable de repérer la présence de civilisations lointaines de type 2 à 3.

C’est justement ce qu’a tenté de faire un groupe américain, à l’instigation de l’astronome Jason Wright, de l’Université d’Etat de Pennsylvanie. Celui-ci a repris une idée proposée dans les années 1960 par le physicien théoricien américain Freeman Dyson: s’il existe de gigantesques structures capables de collecter l’énergie à une échelle massive, celles-ci doivent nécessairement dissiper de l’énergie sous forme de rayonnement infrarouge, en vertu des lois de la thermodynamique. De la même manière que le font un radiateur, une chaudière ou panneau solaire. De telles émissions, si elles sont assez intenses, pourraient donc être détectées par un télescope infrarouge en orbite autour de la Terre.

Par chance, un tel instrument a volé il y a quelques années. Le télescope WISE de la NASA a cartographié le ciel dans l’infrarouge moyen, une gamme de rayonnement qui permet de voir des objets dont la température est comprise entre 100 et 300 kelvins (environ -173°C à 27°C). Le groupe de Jason Wright a donc entrepris d’analyser les centaines de millions de données fournies par WISE, pour en extraire les images des cent mille galaxies émettant fortement dans l’infrarouge.

Les chercheurs ont ensuite sélectionné les sept cents plus lumineuses, pour caractériser leur rayonnement et voir s’il pourrait trahir la présence d’une civilisation ayant colonisé la majeure partie de sa galaxie, autrement dit qui serait classée à un niveau proche de 3, selon l’échelle de Karshadev. Pour cette fois, cependant, c’est raté: l’analyse n’a pas permis d’identifier une telle civilisation.

«Ce n’est pas une déception, c’est un encouragement à poursuivre», estime Jason Wright. L’étude a en effet montré qu’une cinquantaine de galaxies sont particulièrement lumineuses et dissipent, sous forme de rayonnement infrarouge, environ la moitié de leur énergie. Six d’entre elles n’avaient encore jamais été observées. «Il est très probable que leur rayonnement ait une origine naturelle, reconnaît l’astronome. Mais nous allons nous attacher à les étudier de manière plus précise.»

Faire la distinction entre l’origine naturelle ou artificielle d’un rayonnement n’est pas simple, en particulier dans la gamme de l’infrarouge moyen. «Il y a de multiples sources naturelles dans l’espace. Ce peut être un nuage de poussières dans lequel des étoiles sont en train de naître. Ou encore une nuée de poussières, de comètes ou de petits astéroïdes qui se réchauffent en s’approchant d’une étoile», indique le chercheur.

A l’échelle d’une galaxie, Jason Wright a néanmoins une piste pour déterminer l’origine d’un rayonnement. «Quand il provient de la partie extérieure d’une galaxie, de ses bras, c’est probablement qu’il est émis par la poussière, très présente dans cette région. En revanche, si on observe que la répartition du rayonnement infrarouge correspond à celle des étoiles, l’origine du rayonnement peut être artificielle.»

Pour avancer dans sa chasse aux civilisations extraterrestres, le groupe de scientifiques menés par Jason Wright peut encore compter sur d’autres réservoirs de données. Il y a notamment le satellite Spitzer, qui a scruté le ciel dans les années 2000, avec une résolution nettement supérieure à celle de WISE. «L’analyse de ses données devrait nous permettre de déterminer une liste des objets, étoiles ou galaxies, les plus intéressants à observer avec les futurs télescopes.»

En 2018, la fusée Ariane doit lancer le télescope James Webb, conçu par la NASA avec les agences spatiales européenne et canadienne. Un remplaçant de Hubble, sept fois plus puissant mais dédié à l’infrarouge, qui sera installé à 1,5 million de kilomètres de la Terre. «C’est un instrument parfait pour notre quête. Nous espérons bien pouvoir obtenir un peu de temps d’observation avec!», confie Jason Wright.

Faire la distinction entre l’origine naturelle ou artificielle d’un rayonnement n’est pas simple

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