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Le débat sur la vivisection est bien relancé

Plus d’un million d’Européens demandent la fin de l’expérimentation animale.Les tests sur des animaux ne donneraient pas le même résultat sur des hommes. Les scientifiques se mobilisent

Une pétition relance le débat sur la vivisection

Recherche Plus d’un million d’Européens réclament la fin de l’expérimentation animale

Les tests sur des animaux ne donneraient pas le même résultat sur des hommes. Alerte chez les scientifiques

La Commission européenne donnera d’ici à juin une première réaction à une initiative citoyenne européenne (ICE) intitulée «Stop vivisection» qui demande l’interdiction de «l’utilisation d’animaux considérés comme des modèles biologiques de l’homme à des fins scientifiques». Derrière cette formulation technique, elle demande simplement de mettre fin à la vivisection dans la recherche fon­damentale et appliquée, dans l’enseignement de la biologie et de la médecine humaine et dans la toxicologie.

L’initiative revient à l’association européenne Antidote, dont les principaux animateurs sont l’Anglais André Ménache, vétérinaire et zoologiste, l’Italien Gianni Tamino, professeur de biologie et le Français Claude Reiss, biologiste et ex-directeur de laboratoire au CNRS. «Stop vivisection» est entrée dans le domaine de politique européenne au titre d’un instrument de démocratie participative. Depuis 2011, les citoyens européens peuvent proposer des lois à condition de soutenir leur demande par au moins un million de signatures valides, récoltées dans pas moins de sept pays. Cette initiative, selon les promoteurs, a recueilli 1,2 million de pétitionnaires. La pétition appelle à l’usage «des méthodes alternatives plus fiables et très souvent plus économiques qui existent pour recueillir des données pour l’homme».

C’est le contexte dans lequel le Parlement européen a consacré deux audiences à l’écoute des experts. La semaine passée, deux Prix Nobel de médecine 2014, l’Anglo-Américain John O’Keefe et la Norvégienne May-Britt Moser récompensés pour leurs travaux sur le système de «géoposition du cerveau», ont plaidé pour l’utilisation de rongeurs dans la recherche. Selon eux, il y va de l’espoir dans la lutte contre la maladie d’Alzheimer.

Ce lundi, c’était au tour de la Française Françoise Barré-Sinoussi, Prix Nobel de médecine 2008 pour la découverte du VIH, avec le professeur Luc Montagnier, de défendre la vivisection. Elle n’aurait, a-t-elle souligné, jamais obtenu de tels résultats sans l’expérimentation animale.

Mais il y avait aussi le médecin américain Ray Greek, défenseur notoire de la cause animale. Il s’est dit opposé à l’expérimentation animale sur une base purement scientifique. Selon lui, la recherche menée sur des animaux est inutile parce que les animaux ne constituent pas un modèle fiable pour l’homme, chaque espèce réagissant différemment aux substances extérieures. A ce propos, l’argumentaire des anti-vivisection explique que même les expériences menées sur les rats et les souris, qui sont pourtant des espèces proches de l’humain, ne donnent pas les mêmes résultats sur l’homme. Selon lui, il y a très peu de cas où une thérapie réussie sur un rongeur a été transposée avec succès sur l’homme. La législation européenne exige que tout nouveau médicament soit testé sur des animaux avant d’être mis sur le marché.

Les opposants à la vivisection avancent aussi des arguments qui touchent plus facilement le grand public. Leur argumentaire met en avant le chiffre de 500 millions d’animaux qui sont tués chaque année dans les laboratoires, dont 60% dans la pharmacologie.

Lundi, le député européen allemand (Vert) Martin Häusling a porté le débat aussi sur le plan éthique en décriant la souffrance des animaux. Selon lui, l’industrie doit explorer «des approches non animales qui existent et sont prometteuses». Pour sa part, l’UE n’ignore pas le débat et a déjà considérablement limité le recours à l’expérimentation animale, notamment en l’interdisant pour les produits cosmétiques. Elle songe également à mettre fin à des tests sur les grands singes comme les gorilles ainsi que sur des chiens et des chats.

Ivan Balansard, vétérinaire et chargé de mission au CNRS, souligne d’emblée que ce n’est qu’une minorité de la communauté scientifique qui porte l’initiative «Stop vivisection». «Dans l’ensemble, la majorité s’oppose à l’arrêt de l’expérimentation animale, surtout de façon aussi radicale comme le demande la pétition.» Selon lui, les chercheurs font tout pour respecter la directive 2010 de l’UE, qui régule l’utilisation d’animaux pour la recherche scientifique et leur garantit un haut niveau de protection et de bien-être. «Nous mettons aussi en place une politique de transparence; des visites de parlementaires européens et nationaux dans nos animaleries sont prévues ces prochains mois», poursuit-il.

Le chercheur du CNRS admet qu’il y a «un déficit d’information sur l’expérimentation animale, ce qui laisse la voie libre à tous les fantasmes». Il rejette par ailleurs des chiffres «véhiculés pour faire peur» et affirme qu’en Europe, seulement 12 millions d’animaux, des rongeurs en grande majorité, font l’objet d’expérimentations. En France, le nombre a diminué de moitié en trente ans, passant de 4,5 millions en 1984 à 2,2 millions en 2011.

En Europe, tout nouveau médicament doit être testé sur des animaux avant d’être mis sur le marché

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