Santé

Voici venu le robot-pharmacien, qui prépare les chimiothérapies

Aux Hôpitaux universitaires de Genève, une partie des substances utilisée en oncologie est désormais préparée par un automate. Une première en Suisse

Deux paires de gants, deux pantalons, deux camisoles, les mains lavées sous toutes les coutures deux fois, sans oublier d’enfiler une cagoule et un masque de protection… Pour assister à une démonstration de PharmaHelp, deux précautions valent mieux qu’une. Installé dans la pharmacie des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), cet automate prépare tout seul – ou presque – les poches contenant les chimiothérapies prescrites aux patients atteints de cancer, substances injectables élaborées dans la stérilité la plus stricte.

L’établissement genevois achève ces jours-ci une phase de test de l’appareil qui aura duré plusieurs mois. A partir de fin octobre, de «vrais» patients commenceront à recevoir leurs traitements de chimiothérapie préparés par cet automate. Une prouesse technologique proposée par l’Allemand Fresenius et dont peuvent se targuer trois à quatre hôpitaux dans le monde, et aucun autre en Suisse, explique Pascal Bonnabry, le pharmacien-chef des HUG.

Robot à seringue

Une fois sa combinaison enfilée, le profane ne remarque guère l’automate. Le petit laboratoire est garni de hottes de sécurité, ces espèces de paillasses étanches fermées par une paroi de plexiglas dans laquelle deux trous sertis de gants permettent de passer les bras. Le robot PharmaHelp est installé dans l’une d’entre elles, au fond de la salle.

Oubliez le robot façon Z-6PO à la Star Wars: cet automate est bien plus discret, et heureusement moins bavard. Imaginez un robot uniquement constitué… de deux bras! Le premier est une sorte de rack métallique de quelques dizaines de centimètres de long sur lequel sont suspendues, la tête à l’envers, jusqu’à dix poches en plastique remplies de liquide physiologique, ainsi que les flacons contenant les produits chimiothérapiques proprement dits. Le second est un petit carrousel accueillant différentes seringues. Voilà pour sa morphologie. Sa tâche, à présent: prélever les médicaments contenus dans les flacons à l’aide des seringues et les injecter dans les différentes poches afin de les y diluer. 


En vidéo. Le robot-pharmacien aux HUG


Expliqué ainsi, tout cela a l’air facile. En réalité, ça l’est moins. Chaque poche finale est unique et personnalisée, elle représente un patient à qui un oncologue a prescrit une chimiothérapie. Il faut donc s’assurer que ces derniers reçoivent bien le bon médicament, au bon dosage. Pour préparer ces médicaments qui s’attaquent aux cellules, les pharmaciens naviguent à la frontière entre remède et poison. Leur marge d’erreur est pour ainsi dire inexistante: administrer 6 millilitres de produit au lieu de 4 peut s’avérer néfaste. «En chimiothérapie, la dose thérapeutique est très proche de la dose toxique», rappelle le pharmacien Laurent Carrez.

Julien Gregorio

Avec l’automate, les erreurs de dosage – heureusement déjà rares – devraient encore se réduire. Là où un être humain peut confondre deux poches, le robot les identifie grâce à des puces de radio-identification (RFID), du type de celles qu’on trouve dans les passeports ou les cartes sans contact. Là où prélever dix millilitres de liquide avec une précision chirurgicale demande habileté et concentration extrêmes, le PharmaHelp le fait sans broncher. Sans jamais se tromper? Le risque zéro n’existant pas, tout est de toute façon vérifié lors de plusieurs étapes. Une fois les poches préparées, des balances ultra sensibles s’assurent par exemple que la nouvelle masse des poches correspond bien à leur poids initial majoré de la masse des liquides ajoutés, compte tenu de leur densité.

Lorsqu’il travaille, l’automate PharmaHelp ne va pas se servir dans les armoires: l’intervention humaine demeure évidemment indispensable, explique Laurent Carrez en préparant les poches qui vont servir à la démonstration. «Mais une fois flacons et seringues en place, on peut se consacrer à d’autres tâches moins pénibles».

Julien Gregorio

Dans ces environnements ultra-sécurisés, le travail est vite traumatisant pour l’organisme. Pour le comprendre, il faut adopter ne serait-ce qu’une seule fois la posture exigée pour préparer les poches manuellement. Assis sur un tabouret, les bras tendus et plongés dans des gants remontant jusqu’aux épaules, la tête en avant pour tenter de voir ses mains de l’autre côté de la paroi… au bout de quelques secondes, la position est déjà difficilement tenable. «Ceux qui travaillent longtemps dans ces positions peuvent finir par avoir des problèmes de dos», assure Laurent Carrez. Et c’est justement après plusieurs heures de concentration dans ces conditions que les erreurs peuvent survenir.

Pour Pascal Bonnabry, l’automate répond parfaitement aux besoins de son équipe. Le nombre de cancers augmente, tout comme la pharmacopée disponible. «De 10 000 poches par an en 2000, nous sommes passés à 20 000 poches en 2015, avec des moyens humains identiques. Ce robot nous permet donc d’être plus productifs et, en tant qu’établissement universitaire, nous sommes heureux de pouvoir faire ce travail de recherche, en étant les premiers en Suisse à tester cette nouvelle technologie.»

Publicité