L'EXPLICATION

Pourquoi la COP21 est-elle si cruciale? Réponse en 10 points

La conférence de Paris commence le 30 novembre 2015. Ce qu'il faut savoir sur la problématique climatique et sur les négociations en cours

■ A quoi sert la conférence de Paris sur le climat?

L’objectif de la conférence internationale qui se tiendra au Bourget près de Paris du 30 novembre au 11 décembre prochain est de conclure un accord universel et contraignant visant à limiter la hausse des températures globales à 2 °C par rapport à l’ère préindustrielle. Cet accord applicable à partir de 2020 doit prendre la suite du protocole de Kyoto, entré en vigueur en 2005, dont l’effet est limité car il ne concerne qu’une cinquantaine de pays industrialisés. Le principal défi de la conférence de Paris consistera à rassembler les 195 Etats participants autour d’un texte commun, quel que soit leur niveau de développement.

Lire: L’interview d’Achim Steiner, directeur du Programme des Nations unies pour l’environnement

■ D’où vient le nom « COP21»?

Le sommet de Paris sera la 21e conférence des parties (ou Conference Of the Parties, COP, en anglais) à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Cette convention a été ratifiée lors du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992. Elle reconnaît l’existence d’un changement climatique d’origine humaine et engage les 195 pays signataires à lutter contre cette menace.

■ Pourquoi limiter le réchauffement +2 °C?

C’est la limite que se sont fixée les Etats lors de la Conférence sur le climat de Copenhague en 2009, à partir des travaux du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Ceux-ci estiment qu’au-delà de 2 °C, le réchauffement entraînera des perturbations majeures à l’échelle planétaire: multiplication des événements extrêmes (sécheresses, ouragans, etc.), baisse des récoltes, élévation du niveau des océans, etc. De telles transformations auraient un impact gravissime sur les populations les plus vulnérables. Dans un rapport paru le 8 novembre, la Banque mondiale estime que 100 millions de personnes supplémentaires sont menacées de pauvreté d’ici à 2030, du fait des changements climatiques.

Où en est le réchauffement aujourd’hui?

Toujours selon les estimations du GIEC, la température terrestre a déjà gagné 0,8 °C en moyenne depuis le XIXe siècle, et pourrait progresser de près de 5 °C d’ici à 2100 si rien n’est entrepris. Lundi 9 novembre, le service britannique de météorologie Met Office a estimé que 2015 sera la première année dont la température moyenne franchira le cap de 1 °C de réchauffement par rapport à l’ère préindustrielle. Ce qui ne veut pas dire que toutes les années suivantes seront aussi chaudes: le phénomène météorologique El Niño, très puissant actuellement, entraîne une élévation naturelle des températures qui vient s’ajouter au réchauffement global.

Lire: Les conclusions du rapport de synthèse du GIEC (2014)

Quelle est la cause des changements climatiques?

La très vaste majorité des scientifiques travaillant sur le climat considèrent que le réchauffement est causé par les activités humaines. Depuis le début de l’ère industrielle, nous émettons de grandes quantités de gaz dits «à effet de serre», principalement du dioxyde de carbone (CO2) et du méthane (CH4). Ces gaz s’accumulent dans l’atmosphère et renvoient vers la Terre une partie du rayonnement infrarouge qu’elle émet, ce qui aboutit à une élévation des températures. L’utilisation de combustibles fossiles comme le charbon ou le pétrole est responsable d’environ 80% des émissions globales de CO2.

Quelle quantité de CO2 y a-t-il dans l’atmosphère?

«Chaque année, nous faisons état d’un nouveau record dans les concentrations de gaz à effet de serre», a déploré lundi 9 novembre Michel Jarraud, le secrétaire général de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) à Genève. En 2014, la concentration moyenne de dioxyde de carbone dans l’atmosphère a atteint 397 parties par million (ppm), soit un niveau inédit depuis l’époque géologique du Pliocène, voilà 5,3 à 2,6 millions d’années. Le seuil symbolique des 400 ppm pourrait être franchi en moyenne mondiale dès l’an prochain.

Voir: 10 vidéos sur le réchauffement climatique

Quels les sont les enjeux des négociations?

Les experts du GIEC ont calculé que, pour maintenir la température terrestre à +2 °C, il faudrait réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40 à 70% d’ici à 2050 par rapport au niveau de 2010 et atteindre la neutralité carbone (soit zéro émission) d’ici la fin du siècle. La conférence de Paris entend donc amener les Etats à réduire leurs émissions. Mais l’ambition de l’accord, son caractère contraignant ou non et la répartition de l’effort entre les pays restent à déterminer. D’autres thèmes sont débattus: les éventuelles mesures à prendre avant 2020, la manière d’atteindre l’objectif à long terme de zéro émission, la mise sur pied d’un mécanisme «perte et dommage» qui dédommagerait les pays du Sud touchés par des aléas climatiques, etc.

Voir: Vidéo "2035 sans COP21" par des journalistes scientifiques

Les fonds débloqués sont-ils suffisants?

Lors de la conférence de Copenhague, les pays développés avaient promis de verser 100 milliards de dollars par an à partir de 2020 pour aider les pays en développement à réduire leurs émissions et à s’adapter aux changements climatiques. Une partie de l’argent doit transiter par le Fonds vert, un organisme dédié créé par l’ONU, qui a validé le 5 novembre une première série de huit projets. Un rapport de l’OCDE publié en octobre à Lima chiffrait par ailleurs à 61,8 milliards de dollars l’ensemble des flux Nord-Sud collectés en 2014 pour le climat, ce qui montre que le chiffre de 100 milliards par année n’est pas hors de portée. Cependant, les engagements des donateurs sur le long terme restent flous, tout comme leur nature exacte (fonds privés ou publics notamment).

Le seuil de +2 °C de réchauffement sera-t-il respecté?

Les pays membres de la CCNUCC avaient jusqu’au 30 octobre pour présenter leur engagement de réduction d’émissions de gaz à effet de serre, appelé «contribution prévue déterminée au niveau national» dans le jargon onusien. Mais l’analyse des contributions connues à cette date a révélé qu’elles ne seraient pas suffisantes pour respecter le seuil des 2 °C. «Les contributions ont la capacité de limiter la hausse prévue des températures à environ 2,7 °C d’ici à 2100. Ce n’est en aucun cas suffisant, mais beaucoup plus bas que les quatre à cinq degrés de réchauffement projetés par certains avant les contributions», relevait fin octobre Christiana Figueres, la secrétaire exécutive de la CCNUCC. Selon une autre évaluation publiée le vendredi 6 novembre par les Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), les engagements des Etats mèneraient à une hausse des températures de +3 à +3,5 °C à l’horizon 2100. Devant cette situation, l’idée d’un accord révisable à intervalles réguliers, avec revue à la hausse des objectifs, fait son chemin. Mise en avant par la France, elle a reçu le soutien de la Chine lors de la visite de François Hollande à Pékin le 2 novembre.

Voir: La carte interactive des contributions annoncées par les pays de la COP21

Où en sont les négociations?

Les négociateurs des différents pays se sont retrouvés à plusieurs reprises au cours de l’année écoulée à Genève puis à Bonn en Allemagne. Leurs travaux ont abouti à un texte de 55 pages laissant de nombreuses questions en suspens. Les quelque 60 ministres de l’Environnement et de l’Energie rassemblés pour la réunion Pre-COP qui vient de s’achever à Paris avaient pour mandat de trouver différents points de consensus avant la COP21. Des avancées ont été constatées «sur cinq points au moins», d’après Laurent Fabius, dont le financement et le caractère révisable de l’accord.

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