MEDECINE

La théranostique, nouvelle arme anti-cancer

Cette approche utilise l'imagerie pour cartographier les cellules cancéreuses dans le corps et les traiter de manière ciblée

Lire aussi:  Des éléments radioactifs pour assaillir le cancer

Etudier le comportement spécifique d'une tumeur afin de choisir le traitement le plus adapté, c'est l'objectif de la « théranostique » (contraction de « thérapie et diagnostic). Cette nouvelle approche utilise l'imagerie pour cartographier les cellules cancéreuses dans le corps et les traiter de manière ciblée. Elle est actuellement développée au CHUV de Lausanne sous la houlette de Niklaus Schäfer, médecin spécialiste de l'imagerie moléculaire et de la médecine nucléaire. Nommé professeur associé à l'Université de Lausanne et médecin adjoint à l'hôpital cantonal au mois d'août dernier, il donnera ce jeudi sa leçon inaugurale sur le thème : « Théranostique : visualiser pour mieux traiter le cancer ».


Le Temps: Sur quel principe repose la théranostique, par rapport aux autres approches anti-cancer ?


Niklaus Schäfer: Pour évaluer l'efficacité d'un nouveau traitement contre le cancer, on étudie en général son impact sur la survie d'un certain nombre de patients. Par exemple, on va montrer qu'un médicament prolonge la survie de ces personnes en moyenne de 12 mois, contre 8 mois seulement sans traitement. Le problème avec cette approche est qu'elle repose sur des statistiques, or le cancer est une maladie très variable d'un patient à un autre et la réponse au traitement peut donc fluctuer. Avec la théranostique, l'idée est d'étudier la tumeur d'un patient de manière individualisée afin de proposer une thérapie adaptée à son propre cancer.


- Concrètement, comment ça marche ?


- Dans un premier temps, nous utilisons l'imagerie fonctionnelle pour déterminer l'emplacement exact de la tumeur et des éventuelles métastases. Avec ce type d'imagerie médicale, on n'observe pas l'anatomie de la tumeur, comme c'est le cas avec l'IRM, mais son activité. On a recours pour cela à des éléments radioactifs instables appelés isotopes qui émettent un rayonnement en se désintégrant. Ces isotopes peuvent être associés à des molécules, par exemple des anticorps, qui sont capables de reconnaître les cellules cancéreuses et de s'y fixer. On injecte au patient ces substances en très petite quantité et on observe dans quelles régions du corps apparaît un rayonnement, grâce à un dispositif d'imagerie appelé PET-Scan (Tomographie par Emission de Positrons ou TEP en français). Les régions qui s'allument correspondent aux cellules cancéreuses.


- Voilà pour l'aspect diagnostic. Comment traite-t-on ensuite ?


- Une fois la tumeur localisée, on passe à la phase thérapeutique. On peut pour cela utiliser le même anticorps ou autre traceur de cellules cancéreuses que dans l'imagerie, mais cette fois en l'associant à un isotope radioactif puissant, qui va irradier directement la tumeur. On parle dans ce cas de radioimmunothérapie ou radiothérapie ciblée. D'autres traitements anti-cancer peuvent aussi être employés : une voie explorée au CHUV est celle de l'immunothérapie, qui consiste à programmer les cellules immunitaires du patient lui-même pour qu'elles s'attaquent efficacement aux cellules cancéreuses. Dans ce cas, la théranostique peut contribuer à mieux décrire la localisation du cancer et son interaction avec le système immunitaire.


- Pour quel type de cancers cette méthode est-elle indiquée ?


- Théoriquement pour tous. Mais pour chaque cancer, il nous faut mettre au point des protocoles de soin précis qui doivent ensuite être soumis à l'autorisation de Swissmedic, et cela prend du temps. A l'hôpital universitaire de Zurich, j'ai développé l'approche théranostique pour le traitement de certaines tumeurs digestives. Au CHUV, les protocoles pour la prise en charge des cancers de la prostate sont en cours. Dans leur partie imagerie, ces protocoles devraient bientôt être proposés aux patients, mais il faudra attendre pour la partie thérapeutique. A plus long terme, nous allons aussi développer ce type de soins pour le cancer de l'ovaire.


- Quels sont les avantages pour le patient ?


- Il y en a plusieurs. D'abord l'imagerie est effectuée sur le corps entier, ce qui permet parfois de localiser des foyers inconnus de cellules cancéreuses. Celles-ci sont en effet particulièrement douées pour se cacher, par exemple dans la moelle osseuse ou dans des ganglions. Ce qui explique qu'un cancer puisse de nouveau « flamber » bien qu'on ait traité la tumeur principale. De manière générale, le cancer est une maladie très instable, qui se comporte de manière différente selon la partie du corps concernée. Par exemple des métastases du foie peuvent avoir une évolution très différente de métastases osseuses. C'est pourquoi il est intéressant d'avoir une vision du système entier.


- Cette approche permet donc un traitement plus personnalisé ?


- Oui, car nos connaissances sur les caractéristiques du cancer propre à chaque patient permettent d'adapter les soins. En particulier, on peut déterminer à l'avance si les anticorps ou autres vecteurs de traitement qu'on souhaite utiliser sont bien spécifiques de la tumeur à soigner. Si c'est le cas, il y a toute les chances pour que le traitement soit efficace et pour que sa toxicité soit limitée. Globalement, la radioimmunothérapie ou radiothérapie ciblée a l'avantage d'entraîner moins d'effets secondaires qu'une chimiothérapie, car elle fait mieux la différence entre les cellules pathogènes et les cellules normales.

Publicité