Épidémie

5 questions sur le virus Zika 

Encore largement méconnu, le virus Zika sème la panique en raison de ses complications sévères. Le point sur l’état actuel des connaissances

Encore largement méconnu, le virus Zika sème la panique en raison de ses complications sévères. Le point en cinq questions sur l’état actuel des connaissances

 1   Zika, c'est quoi ?

Le virus Zika est transmis par la piqûre de moustiques du genre Aedes. Il appartient à la famille des arbovirus, comme les virus qui causent la dengue ou le chikungunya. Il tient son nom de la forêt ougandaise où il a été découvert pour la première fois en 1947. « En général, Zika n'entraîne que des symptômes bénins: fièvre, douleurs articulaires, maux de tête, éruption cutanée, ou encore conjonctivite », indique Noémie Boillat, cheffe de clinique du Centre de vaccination de la Policlinique médicale universitaire de Lausanne (PMU), qui a diagnostiqué en novembre passé le premier cas suisse de Zika, chez une patiente revenant de Colombie.

Mais des complications rares sont aussi soupçonnées. Le virus Zika pourrait donner lieu à une maladie auto-immune appelée syndrome de Guillain-Barré, qui attaque le système nerveux et entraîne des paralysies. Il est surtout suspecté d'être à l'origine de microcéphalies chez les bébés dont la mère a été infectée durant la grossesse. Ces malformations graves entraînent un retard mental irréversible, quand elles ne causent pas la mort de l'enfant.

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 2   Le lien scientifiquement entre le virus Zika et les microcéphalies est-il établi ?

Non, mais il est probable. D'abord, parce que la progression du virus Zika dans les Etats du Nord-Est du Brésil coïncide avec la multiplication des microcéphalies dans la même région. Plus de 4000 bébés porteurs de malformations ont été recensés au Brésil depuis le mois d'octobre, alors qu'il n'en naît habituellement que 150 par an. Par ailleurs, des traces de virus ont été retrouvés dans le cerveau de certains bébés morts-né ainsi que dans le liquide amniotique de mères d'enfants touchés.

Pour autant, l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) se refuse toujours à parler d'une relation de cause à effet. « Nous ne savons pas si le virus peut franchir la barrière du placenta », a expliqué jeudi Marcos Espinal, haut responsable de l'OMS pour le continent américain, lors d'une séance d'information. « Pour confirmer cette corrélation, il faudrait mener des études à large échelle impliquant des mères de bébés microcéphales, afin de déterminer si elles ont bien été contaminées par le virus », estime le virologue des Hôpitaux Universitaires de Genève Laurent Kaiser.

virus zika

Des employés de la municipalité de Rio de Janeiro dispersent de l'insecticide pour éradiquer le moustique vecteur du virus Zika. (Reuters/Pilar Olivares)

 3   Pourquoi l'épidémie prend elle une telle ampleur ?

Le virus Zika n'a été détecté que de manière sporadique chez l'être humain jusqu'en 2007, lorsqu'une première épidémie s'est déclarée sur les îles Yap, en Micronésie. En 2013, c'était autour de la Polynésie d'être touchée. Mais ces deux épidémies n'avaient rien à voir, en terme d'ampleur, avec ce qui est observé aujourd'hui. Repéré pour la première fois en mai dernier au Brésil, le virus touche désormais 23 pays dans les Amériques, selon l'OMS. Il pourrait contaminer 3 à 4 millions de personnes, selon l'OMS. « Originaire d'Asie, la souche de virus responsable de l'épidémie actuelle a trouvé en Amérique au moins deux éléments favorables à son expansion : un vecteur très répandu, le moustique Aedes aegypti, et une population dense », explique Christoph Hatz, spécialiste de la médecine tropicale à l'Université de Bâle et à l'Institut tropical suisse. Lors de sa réunion d'information, l'OMS a aussi souligné le rôle probable du phénomène climatique El Nino, particulièrement puissant en 2015, qui aurait accru le nombre de moustiques.carte épidémie

   4  Faut-il renoncer à voyager ?

La ministre française de la Santé Marisol Touraine a fortement conseillé jeudi aux femmes enceintes de différer d'éventuels voyages dans les zones infestées. En Suisse, il n'existe pour l'heure pas de recommandation officielle, mais les services de médecine des voyages incitent aussi les femmes enceintes, et celles qui n'excluent pas à l'être, à remettre leur déplacement. «Quant aux autres personnes qui se rendent dans ces régions, nous leur rappelons l'importance de se prémunir contre les piqûres de moustiques », indique Noémie Boillat. «Les risques de transmission seront heureusement limités cet été, lors des jeux olympiques, car la saison des moustiques sera terminée. En revanche, le carnaval de Rio se tient prochainement en pleine saison humide, c'est plus inquiétant », estime Christoph Hatz.

 5  Comment lutter?

Il n'existe ni vaccin ni traitement contre le virus Zika. La meilleure protection consiste donc à éviter les piqûres de moustiques, notamment en dormant sous moustiquaire, en portant des vêtements couvrants et en utilisant des produits répulsifs. L'OMS insiste aussi sur l'importance de lutter contre la prolifération des moustiques en détruisant leurs sites de ponte, notamment les récipients remplis d'eau.

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