Santé

Zika: la nouvelle psychose sanitaire mondiale

L’OMS met en garde contre la «propagation explosive» du virus Zika, généralement bénin mais qui pourrait provoquer de terribles malformations congénitales

Ce n’est pas encore la panique qui avait saisi le monde face à Ebola. Mais l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a donné jeudi un sérieux crédit aux inquiétudes autour de Zika, un autre virus venant du fin fond de l’Afrique. Bien qu’il soit généralement bénin, ce virus transmis par le même moustique vecteur de la dengue et de chykungunya pourrait provoquer de graves malformations congénitales chez les nouveaux nés.

Le Brésil, le pays le plus touché par le virus avec 1,5 millions d’infections, a en effet enregistré une augmentation exponentielle des cas de microcéphalie à la fin de l’année 2015. Le premier cas de Zika au Brésil a été confirmé en avril 2015. «Les trois quarts des personnes contaminées ressentent des symptômes grippaux et ne consultent même pas un médecin», tente de rassurer Sylvain Aldighieri, responsable des régulations internationales face aux épidémies à l’OMS.

Ce n’est qu’en octobre 2015 que les autorités sanitaires brésiliennes ont commencé à s’interroger sur la conjonction du virus avec l’explosion des cas de microcéphalie. Mais il aura fallu attendre que les premiers cas de Zika soient confirmés aux États-Unis, des voyageurs revenant d’Amérique latine, pour que le sujet devienne une préoccupation globale.

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«Très inquiets»

À l’OMS, où les États membres avaient réclamé jeudi une réunion urgente, le ton était à l’alarmisme. «Nous sommes très inquiets de la propagation explosive du virus Zika», a déclaré d’emblée Margaret Chan, la directrice de l’OMS. Près de la moitié des pays d’Amérique sont désormais touchés par l’épidémie. L’OMS prévoit entre trois et quatre millions de cas en Amérique latine en 2016. «Cette estimation est basée sur le fait qu’il y a eu 2 millions de cas de dengue sur le continent l’an dernier et que les gens sont moins immunisés contre le virus Zika, qui était inconnu», expose Sylvain Aldighieri. Des cas ont été signalés dans six pays d’Europe, dont deux en Suisse. Il s’agissait de personnes qui revenaient de voyages en Haïti et en Colombie. Elles n’étaient pas enceintes et n’ont pas dû être hospitalisées.

Le monde est aussi démuni contre ce virus qu’il l’était contre Ebola

Malgré de fortes suspicions, le lien de causalité entre le virus Zika et les cas de microcéphalie n’est pas avéré. Et il faudra attendre encore des mois pour le prouver scientifiquement. Le monde est tout aussi démuni contre ce virus, qu’il l’était face à Ebola. Il n’existe ni traitement, ni vaccin et la recherche est lacunaire. L’OMS a d’ores et déjà convoqué une réunion au mois de mars pour faire le point des connaissances sur la question. «Jusqu’à la fin des années 2000, ce n’était pas une menace sanitaire», justifie Sylvain Aldighieri. «Pendant des décennies, on ne s’est pas soucié de ce virus, comme on ne l’avait pas fait pour Ebola. Il faudrait investir davantage dans la prévention», a dénoncé la représentante du Guatemala.

Retarder les grossesses?

L’OMS, qui avait été très lente à réagir face à l’épidémie d’Ebola, a annoncé la convocation de son comité d’urgence qui se réunira le lundi 1er février. Cette instance, composée d’experts indépendants, devra se prononcer si l’épidémie de Zika constitue une urgence de portée internationale. La qualification n’est pas anecdotique. Le cas échéant, des restrictions de voyage ou de commerce avec les pays affectés pourraient être décidées. «Cette réunion vise aussi à éviter que les États prennent des mesures inappropriées», a expliqué Bruce Aylward, le directeur général adjoint de l’OMS.

En attendant les conclusions des experts, l’OMS ne recommande pas de renoncer à se rendre en Amérique latine. Le Brésil accueillera les jeux olympiques cet été. «Cela m’étonnerait que le comité limite les voyages vers le Brésil», pronostique Bruce Alyward. L’OMS ne conseille pas non plus aux femmes de reporter leur grossesse, comme l’ont fait le Brésil, la Colombie, le Salvador, l’Équateur, la Jamaïque et Porto Rico. «C’est une décision personnelle qui appartient aux femmes. Par contre, elles doivent se protéger contre les moustiques», répond Bruce Aylward, qui était le coordinateur de la lutte contre Ebola et qui se retrouve en première ligne face à cette nouvelle urgence.

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C’est la première manifestation des réformes entamées à l’OMS après les critiques qui avaient plu sur l’organisation à cause de sa mauvaise gestion de l’épidémie d’Ebola. Un département de réponse aux urgences doit être créé, qui pourrait être financé par un fonds spécial. Le but est de faire de l’OMS une organisation davantage opérationnelle, en plus de son travail d’émission de normes sanitaires.

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