Climat

Un âge glaciaire durant l’Antiquité

La découverte d’une période de refroidissement à partir de l’an 536 pose la question de l’impact du climat sur les épidémies, migrations et autres invasions survenues peu après

Un véritable petit âge glaciaire. Pendant plus d’un siècle à partir de l’an 536, le climat de l’hémisphère nord a connu un net refroidissement, annonce une équipe dans Nature Geoscience aujourd’hui. Ce changement climatique aurait-il joué un rôle dans les profonds bouleversements qu’a connu le continent eurasien de l’époque

«Nous avions publié en 2011 des données sur les Alpes autrichiennes, qui montraient un refroidissement à partir du VIe siècle qu’il fallait confirmer, explique Ulf Büntgen, de l’Institut fédéral de recherche de Berne. Avec ces données climatiques des montagnes de l’Altai, en Asie centrale, nous montrons qu’une période glaciaire a frappé l’hémisphère nord.»

A partir de l’étude des anneaux de croissance des arbres, cette reconstruction montre un parallèle remarquable entre les variations de température en Autriche et dans l’Altai. Associée à des analyses de carottes de glace, elle montre que le début de ce qu’on appellera le «Petit âge glaciaire de la fin de l’époque antique «coïncide avec une très forte éruption volcanique dont les poussières soufrées ont filtré la lumière solaire. Deux autres éruptions ont suivi, en 540 et 547, achevant de plonger l’hémisphère nord dans une fraîcheur qui aura duré cent-vingt ans.

«On sait désormais que c’est l’éruption du Samalas en Indonésie, en 1257, qui a coïncidé avec le début de ce qu’on appelle le Petit âge glaciaire, commente Joël Guiot, du Cerege, un important centre de recherches français sur les climats anciens. Cette corrélation constatée au VIe siècle par mes collègues, sur deux sites très éloignés – environ 7000 km – montre qu’il y a eu un vrai changement climatique à cette époque.»

Faut-il pour autant pointer le rôle du climat dans les événements qui ont alors bouleversé l’Europe et l’Asie? «On peut se demander si ce n’est pas une des causes de l’invasion Mongole en Europe, s’interroge Joël Guiot. Mais il faut rester très prudent dans ces interprétations. Aux historiens de s’en emparer.» C’est aussi ce qu’affirme l’historien John Haldon, de l’Université de Princeton, dans les colonnes de Nature Geoscience aujourd’hui: «Personne ne doute que les changements environnementaux et climatiques ont des liens de causalité avec le développement des sociétés, même s’il est souvent complexe.»

Cette époque glaciaire du VIe siècle coïncide avec la récurrence de l’épidémie de peste, d’importants mouvements migratoires et de profondes transformations socio-politiques en Europe et en Asie. «Nous allons pouvoir commencer à établir des interprétations de causalité complexes partout où nous avons assez de données historiques et archéologiques», se réjouit John Haldon.

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