Astrophysique

[En continu] «Nous venons d'ouvrir une nouvelle fenêtre sur l'univers»

L'observatoire américain LIGO a directement détecté la signature d'une onde gravitationnelle. Ce qui ressort de la conférence de presse au cours de laquelle était présentée cette révolution scientifique

La planète scientifique s'agite sous l'effet d'ondes d'un genre nouveau. La raison? Une collaboration internationale de physiciens est parvenue à détecter, pour la première fois, des ondes gravitationnelles, mystérieuses oscillations dont l'existence a été prévue il y a exactement cent ans par Albert Einstein, mais qui n'avaient jamais été observées jusqu'ici.

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En ce jeudi 11 février, tous les regards étaient braqués du côté de Washington. Les membres de la collaboration LIGO, du nom de l'observatoire responsable de la détection, avaient convoqué la presse à 16h30 (heure suisse) pour ce qui devait être une des plus retentissantes découvertes scientifiques de ces dernières années.

La conférence était retransmise en direct depuis le web, et nous la résumons ici.

À quelques minutes du début de la conférence, c'était l'embouteillage devant la salle de presse, comme en témoignait notre journaliste présent sur place, Olivier Dessibourg:

 «Nous avons détecté des ondes gravitationnelles, c'est fait, et nous en sommes extrêmement fiers» s'est exclamé David Reitze, directeur du laboratoire LIGO à la California Institute of Technology (Caltech) en ouverture de la conférence de presse. 

Ces ondes gravitationnelles ont été détectées aux Etats-Unis le 14 septembre dernier par les deux instruments de l'observatoire LIGO (Laser Interferometer Gravitational-wave Observatory), qui mesurent chacun quatre kilomètres.

«Le signal que nous avons enregistré est caractéristique de ce qui est prévu par la théorie de la relativité générale lors de la coalescence de deux trous noirs massifs, poursuit David Reitze. Ce qui est vraiment impressionnant, ce sont les possibilités que cette détection laisse entrevoir. Nous venons d'ouvrir une nouvelle fenêtre sur notre univers, comme Galileo l'a fait lorsqu'il a inventé la lunette astronomique.»

36 fois la masse du Soleil

Le détail des observations des scientifiques vient d'être publié dans la revue spécialisée Physical Review Letters:

C'est avec une excitation perceptible que Gabriela Gonzalez, la porte-parole de la collaboration scientifique LIGO à la Lousiana State University, a livré certains de ces détails. Les deux trous noirs qui ont fusionné pesaient respectivement 36 et 29 fois la masse du Soleil. Leur rencontre s'est déroulée il y a 1.3 milliards d'années, «à un moment où la vie multicellulaire commençait à peine à apparaître sur Terre», a souligné la scientifique. 

«Nous allons probablement observer de nombreux autres évènements de ce type à l'avenir, estime Gabriela Gonzalez. Mais celui-ci était un cadeau de la nature, car il était particulièrement puissant!»

«Einstein rayonnerait s'il savait»

Les scientifiques ont confessé avoir d'abord eu des doutes sur leur découverte, qui leur semblait trop belle pour être vraie. Mais la détection a été faite par les deux détecteurs de LIGO, distants de 3000 kilomètres l'un de l'autre, et ne peut pas correspondre à une perturbation extérieure du système, estiment les physiciens. On sait que la source de ces ondes était probablement située dans l'hémisphère sud du ciel mais davantage de détecteurs auraient permis une localisation plus précise. 

«Einstein rayonnerait s'il connaissait la nouvelle», a estimé France Còrdova, directrice de la National Science Foundation américaine, qui a en partie financé l'expérience LIGO.

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L'équipe de scientifiques du Ligo travaille en étroite collaboration avec leurs collègues du Centre National de la recherche scientifique (CNRS) français, et avec les équipes du détecteur franco-italien Virgo, près de Pise en Italie, qui devrait être opérationnel à la fin de l'année.

"Ce nouveau regard sur la voûte céleste va permettre d'approfondir notre compréhension du cosmos et conduire à des découvertes inattendues", a encore prédit Mme Cordova.

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