Zoologie

Le mythe des rayures des zèbres en prend un coup

La fonction de camouflage souvent évoquée a été écartée par une récente étude. Les stries noires offriraient en fait une protection contre certains parasites

Ce n’est certes pas un grand mystère de la science. Mais assurément une question que bien des enfants, et quelques adultes, se posent depuis longtemps : pourquoi le zèbre a-t-il des rayures ?

Des réponses de tous ordres ont été données depuis cent cinquante ans : une forme de camouflage, un cryptage visuel qui troublerait les prédateurs, un mécanisme de contrôle thermique, un code social interne à la tribu, un répulsif contre les insectes… Et l’on ne compte pas ici les hypothèses avancées par le dessinateur Gotlib dans l’inoubliable « Rubrique-à-brac » (l’animal n’est ni noir avec des rayures blanches, ni blanc avec des rayures noires mais… vert avec des rayures noires et blanches), par les supporteurs de la Juventus de Turin les soirs de victoire ou par l’artiste Daniel Buren les jours d’exaltation.

Mais restons dans l’univers des sciences et concentrons-nous sur l’hypothèse la plus répandue : le camouflage. A la fin du XIXe siècle, les deux pionniers de la théorie de l’évolution, Alfred Wallace et Charles Darwin, s’opposent sur le sujet. Le premier en est convaincu : dans les forêts africaines, les rayures dissimulent l’animal aux yeux de ses prédateurs. Son maître est plus dubitatif, faisant remarquer que les terres d’élection de l’équidé sont les plaines, et que les rares arbres n’offrent que peu de justi­fication à pareille spécificité. « Cette hypothèse était quand même étrange, affirme Tim Caro, biologiste à l’université de Californie-Davis. Ce que nous voyions si bien, qui distinguait le zèbre, servait en réalité à le camoufler… »

La mauvaise vue des lions et des hyènes

Si le scientifique anglais, installé aux Etats-Unis, parle de cette théorie au passé, c’est qu’il pense bien l’avoir « tuée » dans un article ­publié le 22 janvier dans la revue PLoS One. Lui et sa collègue Amanda Melin, de l’université d’Alberta, au Canada, ont étudié l’œil des deux principaux prédateurs du zèbre, le lion et la hyène, leur taille, la densité de cônes et de bâtonnets qui les composent. Et simulé ainsi la vision dépourvue de couleur que les deux chasseurs ont de leur proie.

Leur conclusion est sans appel : au grand jour, quand l’homme perçoit les rayures du zèbre des plaines à 180 mètres, le lion ne les distingue qu’à 80 mètres, la hyène à 48 mètres. Dans la pénombre, ces chiffres passent, respectivement, à 45 mètres et 27 mètres pour les deux fauves. La nuit, tous les zèbres sont « gris » à partir de 11 mètres. « Or, à ces distances, les prédateurs ont déjà entendu et surtout senti l’animal ; le camouflage est donc inopérant », précise Amanda Melin. « Quant au brouillage, il ne tient pas la route, renchérit Tim Caro, dans la nature, quand un lion saute sur un zèbre, il ne le rate jamais. »

Exit, l'organisation sociale et les contrôle thermique

Le biologiste anglais ne s’arrête pas là. Il écarte l’hypothèse d’un code entre pairs. « La plupart des autres équidés ont la même ­organisation sociale sans disposer de rayures. Les zèbres seraient plus bêtes que les autres ? » Et ne croit pas au contrôle thermique issu des courants de convexion entre bandes ­noires et blanches. « C’est très faible et ça ne marcherait qu’à l’arrêt et sans vent. »

Pour lui, une seule hypothèse reste solide : le dispositif antiparasitaire. En enduisant de glu des chevaux de bois peints de différents motifs, des expériences ont montré que les surfaces rayées opéraient comme des répulsifs. En avril 2015, dans Nature Communications, Tim Caro a renforcé ces résultats par une étude multifactorielle de répartition géographique des différents ongulés et insectes.

« Mais, comme toujours en science, les réponses ouvrent de nouvelles questions », sourit le biologiste. Il entend s’attaquer très vite aux deux premières : « Pourquoi les mouches détestent-elles les rayures ? Et qu’ont-elles de si terrible pour avoir poussé les zèbres à changer de robe ? » Deux énigmes au lieu d’une.

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