Espace

«Le temps est venu de dire au revoir» au robot Philae

Les équipes responsables du petit robot européen muet depuis sept mois se sont résolues à ne plus lui envoyer de commandes 

Adieu Philae. Les équipes responsables du petit robot européen installé sur la comète Tchouri mais muet depuis sept mois se sont résolues à ne plus lui envoyer de commandes tout en restant à son écoute, par précaution.

Les chances d’établir un contact avec Philae sont «proches de zéro» et «le temps est venu de lui dire au revoir», a estimé vendredi l’agence spatiale allemande DLR dans un communiqué. «L’atterrisseur de la sonde Rosetta est promis à une hibernation éternelle», a écrit l’Agence spatiale européenne (ESA) sur son blog.

Rosetta «reste à l’écoute»

Concrètement, le DLR a cessé d’envoyer des commandes au robot-laboratoire européen qui campe depuis la mi-novembre 2014 sur le noyau de la comète 67P/Tchourioumov-Guérassimenko. Mais la sonde européenne Rosetta, qui escorte la comète, «reste toujours à l’écoute» de Philae, a souligné l’agence spatiale française CNES dans un communiqué séparé, à la tonalité moins pessimiste.

«Je continue à écouter, mais je crains que Philae ne soit confronté à des conditions difficiles», a souligné Rosetta dans un tweet accompagné d’un dessin, où la sonde montre son inquiétude en imaginant son petit Philae endormi sur la comète. «Il y a vraiment très peu d’espoir de recevoir un signal» de la part de Philae, a déclaré Stephan Ulamec, responsable de l’atterrisseur au DLR.

La comète Tchouri s’éloigne du Soleil, ce qui signifie que les panneaux solaires dont le robot tire son énergie reçoivent de moins en moins de lumière. La comète se refroidit et Philae aussi. Or il ne peut fonctionner au-dessous d’une certaine température.

Les antennes réceptrices de la sonde – ses «oreilles» – sont toujours allumées et «nous restons prêts au cas où Philae se réveillerait», souligne Stephan Ulamec. «Mais pour être honnête et réaliste, il est vraiment improbable que nous l’entendions à nouveau», a-t-il dit.

Le Centre national des études spatiales (CNES) semble vouloir y croire encore un peu. «Bien que minime, l’espoir d’écouter à nouveau le petit robot continue d’exister, Rosetta se rapprochant régulièrement de la comète», indique-t-il.

Une première historique

Ces derniers jours, le DLR, le CNES, les scientifiques de la mission Philae et l’ESA ont réfléchi ensemble au sort de ce petit laboratoire à trois pattes dont les aventures ont passionné un large public. Après dix ans de voyage comme passager de la sonde Rosetta, Philae a réalisé le 12 novembre 2014 une première historique en atterrissant sur la comète. Au bout de plusieurs rebonds, il s’est stabilisé à l’ombre, en position couchée.

Equipé de dix instruments, il a travaillé pendant 60 heures avant de s’endormir faute d’énergie. Il s’est réveillé en juin 2015 mais n’a plus donné de ses nouvelles depuis le 9 juillet. Les scientifiques de la mission Philae ont du mal à se dire que l’aventure est terminée.

Mission périlleuse pour Rosetta

Ils ont demandé à l’ESA que Rosetta, qui se trouve à environ 50 km de Tchouri, effectue dans les semaines à venir une série de brefs survols au-dessus du site où il est posé. Ce souhait a été relayé par le CNES et par le DLR. «Nous avons demandé si c’était possible» mais «nous savons que l’ESA a de bonnes raisons pour ne pas accepter cette requête» qui est surtout «symbolique», admet M. Ulamec. «C’est vraiment dangereux» pour Rosetta de se rapprocher de la comète qui continue à rejeter des gaz et des poussières depuis son passage au plus près du Soleil en août, reconnaît-il.

En revanche, lorsque la comète se sera apaisée, cet été, Rosetta devrait approcher à 10 ou 20 km de la surface de la comète. Elle essayera de débusquer précisément le robot afin de prendre des images. Sa mission prendra fin en septembre lorsqu’elle se «posera» le moins rudement possible sur Tchouri pour y finir ses jours.

L’adieu à Philae est progressif. «Nous ne pouvons pas annoncer officiellement sa fin car l’absence de signal ne prouve pas que le robot est vraiment mort», constate Mark McCaughrean, conseiller scientifique de l’ESA. «Mais après sept mois de silence, je pense que le consensus général est que c’est terminé.»

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