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Qu'avez-vous fait de ces 10 ans? Kacey Mottet Klein: «Je suis né et j'ai grandi»

Tous les samedis de 2008, pour fêter son 10e anniversaire, «Le Temps» a rencontré des personnalités qui ont raconté la décennie écoulée. Rideau de fin avec l'acteur du film «Home», 10 ans exactement.

La séquence a marqué les esprits. Un jeune garçon blond court en maillot de bain au bord d'une autoroute. Il tient un masque et un tuba, il saigne du nez. On sent le danger. Sa mère, incarnée par Isabelle Huppert, court aussi, pour le rattraper à grandes enjambées. Soudain, l'enfant se retrouve sur la bande centrale. Echappera-t-il aux bolides d'acier qui le menacent de tous les côtés? La scène est tirée du film suisse de l'année, Home, dirigé par Ursula Meier. On a tremblé pour l'enfant naufragé.

L'acteur de cette scène mémorable, c'est Kacey Mottet Klein, 10 ans cette année. Aujourd'hui, il sourit quand, une année et demie après le tournage du film en Bulgarie, on lui reraconte cette scène. «C'est un trucage. On m'a filmé sur la bande centrale et, après, on a rajouté les voitures. Trop dangereux, sinon.» Kacey Mottet Klein fait la moue. «Les garçons de Bussigny qui veulent m'embêter disent que c'est le moment du film qu'ils préfèrent parce que, juste avant, je me dispute avec ma sœur dans le bain, que je tombe et que je m'explose le nez contre les catelles…»

Ce petit Vaudois qui doit son prénom anglo-saxon à son papa américain n'est plus tout à fait un enfant comme les autres. Depuis Home, il doit composer avec un bout d'image publique. Qui va aller grandissant puisque le comédien débutant reconduit l'expérience en février prochain. A Paris, sous les caméras de Joann Sfar qui va raconter la vie de Gainsbourg, Kacey incarnera en effet le jeune Serge. «Vous voyez pourquoi on m'a choisi», rigole-t-il en recourbant ses oreilles en feuille de (petit) chou. On apprécie l'autodérision.

Mais si Kacey a retenu l'attention du réalisateur, c'est que, sur la pellicule, cet enfant possède une grâce et un naturel déconcertants. Touchants, véritablement.

A Bussigny, dans sa maison blanche aux volets bleus, drapeau suisse au balcon, Kacey suscite le même sentiment. Car, derrière ce professionnel précoce qui ne déclare ses gains que sous le sceau du secret, affleure très vite le gamin, aussi crâneur et désemparé que tous ses contemporains. D'un côté, un héros qui «veut devenir policier ou pilote d'hélicoptère de la REGA pour sauver les gens». De l'autre, une âme sensible qui a peur de «faire du mal à Coco, son lapin en peluche» quand il sera plus grand… Un fou de cheval aussi, et fan de Federer, et amateur de jeux vidéo et un tout petit peu bagarreur. Bref, un vrai humain de 10 ans.

Les végétariens, Beethoven et les enfants-soldats

«Oui, mais je suis quand même très différent», corrige l'intéressé, assis bien droit dans son canapé. «Je mange végétarien, je déteste la tecktonik et je regarde tous les soirs le TJ à la télé.» Ah oui, et depuis quand? «Depuis que j'ai 7-8 ans, avec mes parents.» Il poursuit: «Je ne comprends pas les pédophiles, les voleurs, la faim dans le monde, la peine de mort, la pollution, les enfants-soldats. Et les prostituées, c'est un peu bête, non?» On a à peine le temps de digérer autant de conscience politique et morale, que Kacey remet ça. «Le rap, c'est idiot et agressif. Je préfère le rock ou la musique classique. La musique classique, c'est comme si on s'inventait un monde. J'aime écouter L'Hymne à la joie…» En effet, Kacey est un peu différent.

«C'est parce qu'il a grandi avec des plus grands», explique Serge, son père de substitution depuis le départ de Randy, son daddy, reparti en Floride lorsque Kacey avait 3 ans. D'un premier mariage, encore avant, Estelle, sa maman infirmière scolaire, a eu trois enfants qui ont aujourd'hui 17, 19 et 21 ans. «Des modèles pour Kacey», sourit Serge, enseignant, qui a vécu longtemps avec cette famille multirecomposée.

Refusé au premier casting

C'est en allant voir courir son grand frère Lucien, en marge du triathlon de Lausanne, que Kacey a retenu l'attention de la productrice de Home, Elena Tatti. «J'ai fait un casting, ça n'a d'abord pas marché», se souvient le jeune garçon. «Et puis ils m'ont rappelé. Si je pensais au cinéma avant? Pas du tout, ni au théâtre d'ailleurs. Je n'ai jamais pris de cours ou joué sur une scène.»

Mais alors, qu'est-ce qui lui plaît tant dans le cinéma et les réalités du tournage? «Tout me plaît, mais surtout les effets spéciaux! Quand je tourne, j'oublie la caméra, sinon ça ne marche pas. Et ça ne me dérange pas de refaire une scène 10, 20 fois. Par contre, je n'aime pas me voir sur l'écran, quand je me vois, je deviens tout rouge!» Ses amis, Cyril avec qui il fait de la batterie, Dylan avec qui il construit des cabanes, ou encore Yann, Eliott ou Valentin, ont-ils vu Home? «Certains oui, et ils ont bien rigolé, sauf à la fin.»

Kacey pense qu'«on a du bol de vivre en Suisse, un pays si beau et si tranquille». «L'élection d'Ueli Maurer? Non, je n'ai pas suivi, mais Obama, oui. J'ai déjà vu le Musée des transports de Lucerne et j'ai très envie de visiter la Suisse miniature.» Craquant. Pour le moment, ce sont plutôt les pays étrangers qu'il a parcourus. «J'ai déjà fait 14 voyages, dans le sud, en Ecosse, aux USA. Quand j'avais 3 ans, je suis allé à New York juste après les attentats du 11 septembre. Je me souviens, j'avais un doudou nommé Pillow. Je l'ai perdu. Et quand je l'ai retrouvé, il avait une patte tout usée.»

A l'école, Kacey est appliqué, sérieux. «Les maths, c'est bien, il y a des découvertes. Le français est plus ennuyeux avec les fiches qui se ressemblent toutes. Je préfère écrire des compositions. Petit, j'ai dessiné une BD sur une famille qui se trompait d'avion et qu'un tsunami ramenait à la maison…»

C'est connu, pas d'hommelet sans casser des os. Presque avec fierté, le jeune héros exhibe l'immense cicatrice qui barre sa jambe droite. «C'était à la journée sportive. Je courais avec des copains et au bout du terrain j'ai voulu m'arrêter, mais j'ai glissé sous un grillage qui m'a arraché tout le dessus du tibia. C'était horrible!» Aucune séquelle visiblement, Kacey saute sur place: ce soir-là, il veut organiser une boum avec ses amis.Une boum, une vraie, avec des filles qui dansent? «Non, non, les filles ne m'intéressent pas, je ne suis pas du tout amoureux. Au contraire. Avec certaines filles, c'est plutôt la guerre. Elles veulent toujours avoir raison, elles sont énervantes.» Il y a des domaines où Kacey a vraiment 10 ans. Il y a 10 ans.

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