Réseaux sociaux

Polémique sur Facebook: «Je ne suis pas un drapeau»

L'application Facebook qui permet de mettre sa photo de profil avec un filtre tricolore, en soutien aux victimes des attentats de Paris, est très controversée.

Émotion et polémique. Quelques heures après le carnage de Paris, Facebook activait une option temporaire pour habiller les photos de profil de ses utilisateurs d’un filtre au drapeau français. Très vite, le réseau social s’est coloré de bleu, blanc, rouge pour marquer sa solidarité avec les victimes des attentats du 13 novembre, comme «Je suis Charlie» – lancé de manière indépendante – avait été le marqueur des attentats du 7 janvier.

Très vite aussi, des voix se sont élevées pour dénoncer un cynique coup de marketing, ironiser sur la solidarité paresseuse du «clic» et fustiger un outil qui se veut de ralliement et qui, en fait, rend suspects ceux qui n’en font pas usage. Mais surtout, plusieurs internautes se sont inquiétés de voir apparaître sur le réseau social le plus fréquenté au monde une solidarité à deux vitesses: un filtre pour Paris, et auparavant un drapeau arc-en-ciel pour saluer la légalisation du mariage gay aux États-Unis, mais rien pour soutenir Beyrouth, pourtant touché par un double attentat suicide le 12 novembre, faisant 41 morts et 200 blessés. Pour beaucoup, ce «deux poids, deux mesures» ont révélé l’inconscient profondément occidental et bobo de son patron, Mark Zuckerberg.

Sentiment renforcé par le fait que le bouton Safety Check, une alerte qui permet de se dire en sécurité dans les moments de catastrophe, a été actionnée à Paris, mais pas à Beyrouth. Sous la pression, Mark Zuckerberg a expliqué: «Jusqu’à hier, notre politique était de n’activer Safety Check que lors de catastrophes naturelles. Depuis, nous avons décidé de l’appliquer aussi aux victimes du terrorisme». Il assure que l’application sera déclenchée désormais lors d’événements du même genre: «Nous nous préoccupons de chaque personne de manière égale.»

Mais revenons à ce drapeau qui a énervé tant de gens sur les réseaux sociaux. Les raisons de cet agacement, parfois même de ce rejet sont multiples. Pour beaucoup, c’est un symbole agressif, nationaliste, colonialiste et impérialiste: «On se fait la guerre à cause de drapeaux, quel contresens!». Pour d’autres, il est inconcevable que l’on manifeste sa compassion avec le même emblème que revendique le Front National. Pour d’autres encore, tous ceux qui déplorent la politique de la France au Moyen-Orient, ce drapeau est justement la cause du désastre qui a conduit aux attentats qui ont fait 132 morts.

A qui appartient un drapeau? Selon Fabrice d’Almeida, professeur d’histoire, «depuis l’apparition de la cocarde, vers 1789, ces couleurs ont traversé tous les régimes, dans la peine ou dans la gloire, avant d’être adopté par la Constitution de la Ve République en 1958. Ce symbole appartient à tous et à chacun.»

Sur Facebook, la question continue d’être débattue de manière courtoise, et pour une fois pas trop binaire. Une grande majorité de ceux qui ont adopté le profil tricolore disent l’avoir fait de manière un peu instinctive, comme on témoigne sa sympathie aux familles dans le deuil: «Je suis avec vous». D’autres, les amoureux de Paris, ville des Lumières, des plaisirs et des arts, ont «érotisé» le drapeau tricolore en lui imprimant le dessin de la tour Eiffel en «Peace and Love». Pragmatiques, certains ont choisi le filtre Facebook pour exprimer leur disponibilité dans la recherche des victimes et l’échange d’informations. Enfin, certains ont revendiqué le drapeau français pour lui redonner du sens et de l’éclat, revenir aux valeurs républicaines, celles qu’incarne justement la génération Bataclan tombée sous les balles: égalité, liberté et fraternité.

 

 

 

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