Mobilité

La Grèce, elle aussi, teste les bus sans conducteur en zone urbaine

Comme à l’EPFL et à Sion, la ville de Trikala expérimente des navettes autonomes. Non sans écarts de trajectoire 
et résistances urbaines. Un projet qui s’inscrit dans le cadre du projet européen CityMobil2

Un cycliste s’est arrêté le long du trottoir. Lentement, le petit bus blanc et vert fait un écart vers la gauche pour l’éviter. Pas de chauffeur. C’est un laser placé sur le toit qui a permis de repérer l’obstacle. Depuis près de quatre mois, ces véhicules électriques circulent dans les rues de Trikala, une ville grecque de 80 000 habitants, perdue au cœur des montagnes au centre du pays. Une expérience similaire à celles qui sont menées à Sion avec CarPostal et à l’EPFL dans le cadre du projet européen CityMobil2, lancé il y a trois ans en partenariat avec 45 universités, constructeurs, centres de recherche ou municipalités.

L’expérience de Trikala s’inscrit dans le même projet européen. Ce midi-là, sur place, plusieurs classes sont venues voir le phénomène. Les enfants trépignent, impatients de monter dans ces petites navettes de dix passagers, installés sur deux banquettes de skaï beige qui se font face. Une cloche sonne. Le bus s’ébranle lentement et entame son parcours de 2,4 km à 20 km/h sur une voie séparée du trafic, mais partagée avec les nombreux cyclistes. Les voyageurs ne sont pas complètement seuls. Debout dans le bus, Giorgos Fakoumbendas, 53 ans, surveille la route. Ils sont trois anciens chauffeurs en tout, recrutés par l’entreprise municipale E-Trikala, chargée du projet. Ce barbu au fort accent local répond avec patience aux questions des fillettes curieuses, collées à la vitre avant. Premier tournant, première secousse, le bus s’est laissé surprendre par une légère descente. Toute la journée, le surveillant note ce type d’incidents dans un grand cahier. Ils sont ensuite transmis au constructeur du bus, l’entreprise française Robosoft, pour être analysés.

«La sécurité, c’est la priorité»

Dans sa main, Giorgos Fakoumbendas tient une grosse télécommande jaune: le frein d’urgence. «La sécurité, c’est la priorité», explique Vasilis Karavidas de Robosoft. Chaque matin, cet ingénieur s’occupe de la maintenance des six bus de la flotte. Seuls trois ou quatre circulent. Concentré, il vérifie l’état des batteries, mais aussi celui des éléments qui permettent au bus d’être autonome: deux lasers qui comparent la route avec le plan initial et repèrent les obstacles et un GPS qui analyse la position du bus. Un programme basé sur un algorithme permet également de vérifier la trajectoire.

Sur les côtés du bus, des caméras. Les images sont envoyées dans une salle de contrôle, grâce à un réseau de fibre optique installé sous la voie des bus, qui s’y connectent en wifi. D’ici au 15 janvier, tous les surveillants seront assis dans cette salle, toujours équipés du frein d’urgence.

Alors que les cyclistes ne cessent de couper la route au bus, celui-ci ralentit sans trop d’à-coups. Fin novembre, il s’est écarté de sa route avant de s’arrêter à un mètre d’un kiosque. Pour Vasilis Karavidas, l’incident est encore en cours d’analyse, «mais il montre que le système fonctionne, le bus a quitté sa route de plus d’un demi-mètre et, comme prévu, il s’est arrêté automatiquement».
L’expérience est financée à parts égales par l’Union européenne et l’Etat grec, 240 000 euros en tout. Le maire de Trikala, Dimitris Papastergiou, admet qu’au départ le projet n’a pas convaincu tout le monde, notamment certains concitoyens habitués à se garer où ils voulaient. Quelques-uns continuent de s’arrêter sur la voie du bus, ralentissant le trajet. Les plus récalcitrants sont signalés à la police.

Pour le maire de cette municipalité, ce projet a surtout permis de rénover les infrastructures, une aubaine alors que les finances de la ville ont souffert de la crise. Le système des feux de signalisation de Trikala, désuet, a été changé, les bâtiments administratifs seront reliés au réseau de fibre optique pour profiter de l’Internet à haut débit et la connexion wifi gratuite déjà fournie par la ville à ses habitants sera améliorée. Enfin, la voie des bus deviendra une piste cyclable à la fin de l’expérience. De plus l’entreprise municipale E-Trikala entend bien valoriser les connaissances techniques acquises ces six derniers mois auprès d’autres municipalités.

Des avantages qui n’attirent pas pour autant les Trikaliens dans le bus ce jour-là. Plutôt positifs dans l’ensemble, ils ne l’utilisent pas ou peu, comme Theodoris, un retraité de 62 ans. Résigné, il ajoute «Les nouvelles technologies vont nous manger», une peur latente dans un pays en crise où chaque emploi compte. Pour Carlos Holguin de l’Université de Rome, directeur du projet CityMobil2, à l’heure actuelle, un des seuls obstacles à la circulation de ces bus en Europe est le cadre légal, déjà modifié à Trikala. Des propositions seront faites cette année à la Commission européenne. «Il reste aussi à convaincre les décideurs des municipalités», dit-il.

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