Société

Les Akita Inu, des toutous pas passe-partout du tout

Attendrissants comme de gros nounours, ces chiens ont la cote. Mais sous leurs airs dociles, ces anciens chasseurs d’ours, jadis utilisés pour le combat, ne sont pas à mettre entre toutes les mains

«Entre janvier et la Chandeleur, plus de laboureur» dit le proverbe. Mais beaucoup de coups de fils et de e-mails, pourraient ajouter les éleveurs d’Akita Inu, ces chiens d’origine japonaise qui ressemblent à de magnifiques oursons géants. La faute au mauvais temps? Non, plutôt à celle des programmes télé des fêtes de fin d’année. Président du Club suisse des spitz asiatiques (CSSA), Roger von Mentlen raconte. «Chaque fois que le film «Hatchi» est diffusé à la télévision, les gens nous appellent. Ils veulent un Akita, comme Hachiko.»

Ce chien fidèle, qui a réellement existé au Japon, va chercher son maître – Richard Gere – à la gare, tous les jours, malgré qu’il soit mort depuis neuf ans. Une histoire sentimentale à souhait. Au grand dam des éleveurs d’Akita, le film qui est sorti en 2009, remake d’un long métrage japonais, est également rediffusé au printemps et en été. «Nous savons tout de suite lorsque c’est le cas. Le nombre de demandes augmente dès les jours qui suivent.» Au risque de décevoir les amateurs, Roger von Mentlen, éleveur et maître de cinq Akita, dépeint la race dans toute sa réalité. «L’Akita n’est pas facile. C’est un chasseur qui ne s’entend pas avec les autres chiens de même sexe. Dans le film, il se promène seul dans la ville. Dans la vraie vie, ce serait impossible. S’il rencontre un autre congénère, dominant comme lui, c’est la bagarre pour voir qui est le chef.» Parfois jusqu’à la mort. Et un Akita qui perd, c’est rare. «En général, les femelles Akita sont plus douces dans leur contact avec les autres chiens. Mais comme pour les mâles, leur attitude dépend du nombre d’expériences positives faites avec d’autres congénères, dès les premiers mois.»

Liste d’attente

Après de telles explications, deux tiers de ceux qui l’ont appelé ne donnent plus de nouvelles. Les autres viennent visiter son élevage. «Mais comme nous ne sommes que deux éleveurs officiels en Suisse, il y a très peu de chiots, en moyenne dix par année. Les amateurs doivent attendre six mois à une année pour s’en procurer un. La moitié n’ont pas la patience. Soit ils renoncent, soit ils vont acheter un Akita à l’étranger.» Actuellement, selon Amicus, la nouvelle banque de données pour les chiens, il y avait en 2015 officiellement 528 Akita en Suisse – sans compter les bâtards, au nombre de 99.

Eleveuse officielle dans le canton de Fribourg, Marie-Claude Suchet, qui espère que le film ne passera pas trop souvent à la télévision en 2016, confirme que la liste d’attente des amateurs est longue et la sélection des futurs propriétaires rigoureuse. «Nous voulons rencontrer les gens, discuter avec eux, leur montrer la race et notre élevage.» Mais impossible d’empêcher les plus impatients d’aller chercheur leur futur compagnon à quatre pattes dans un pays limitrophe. «En France le nombre de chiots a doublé: il est passé de 300 à 600 par année.» Des gens qui ont acheté leur Akita à l’étranger la contacte, désespérés: leur chien est agressif ou malade. Le couple d’éleveur essaie alors de les aider un maximum et de leur donner des conseils pour l’éducation.

Appels au secours

«Nous sommes toujours disponibles en cas de question». A l’étranger, une fois que le chien est vendu c’est: «Débrouillez-vous!» Et débrouillez-vous avec un chien puissant dont les ancêtres étaient des chasseurs d’ours dans la région d’Akita – au nord de l’île de Honshu – et des chiens de combat jusqu’en 1908 au Japon, est un adage qui peut rapidement virer au cauchemar, comme le confirme Esther von Büren, fine connaisseuse de la race depuis plus de dix ans, et ex-éleveuse (elle a arrêté l’année dernière), propriétaire de trois Akita et de deux Shiba, des chiens japonais de petite taille.

Des demandes de conseils et des appels au secours, elle en reçoit régulièrement, au point qu’elle doit limiter son temps à quelque trente minutes par personne. Elle emmène aussi les intéressés en promenade, pour qu’ils apprennent à connaître la race, dont elle a apprécié particulièrement l’indépendance, le calme et la beauté. «Je fais ça pour le bien des chiens, c’est ma passion. Mais certaines personnes ne veulent pas entendre parler des difficultés.» Le risque est alors grand que le chien finisse à la SPA ou pire, soit euthanasié car ses maîtres n’ont pas réussi à en faire façon. «C’est arrivé à un couple dans le canton de Neuchâtel qui travaillait à 100%. Leur Akita a mordu le chien de leurs amis, qui était en train de manger un os.»

Sensible et fusionnel

Et cette mère de famille vaudoise d’expliquer les heures qu’il faut consacrer avec ce chien au caractère bien trempé, pour établir un lien de confiance et qu’ainsi, il obéisse. Et vers neuf mois, «adolescence oblige», il faut tout retravailler, car l’énergumène teste les limites une seconde fois. «Même avec beaucoup d’amour, de temps et de patience vous n’avez pas la garantie que tout fonctionne avec les autres chiens. L’Akita est aussi un fugueur. Il faut travailler intensivement le rappel. Il garde bien son territoire, il faut parfois prendre des précautions supplémentaires.» C’est d’ailleurs pour cette raison qu’un jeune couple bien mis a débarqué chez elle, voici quelques semaines, dans sa voiture de luxe. «Ils voulaient un gardien pour leur villa à Genève. Mais je n’ai plus de chiots à vendre» Pas découragé, le couple a proposé 5000 francs pour Hiro, un de ses deux mâles. «J’ai refusé. Ils iront sûrement en France où les chiots sont vendus quelque 1800 euros, dans les élevages contrôlés, ou 800 à 1000 euros dans ceux qui ne le sont pas. En Suisse, un chiot vaut 2500 francs.»

Fugueur, bagarreur et forte tête… Mais qu’est-ce qu’ils lui trouvent donc tous, à ce gros nounours? Esther von Büren: «L’Akita est très sensible et fusionnel. En général il est cordial avec les humains. Il se montre très doux, voire même protecteur quand ils font partie de sa famille, de sa meute. Si vous grondez un enfant, l’Akita quitte la pièce. C’est un chien qui apporte la sérénité et un bonheur profond que l’on ne trouve nulle part ailleurs. Akia une fois, Akita toujours. Ou plus jamais.»

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