Revue de presse

A Lausanne, danser en silence est trop bruyant: un écho assourdissant dans les médias étrangers

La récente interdiction, par la police du commerce, des «silent discos» dans le chef-lieu vaudois n’est pas passée inaperçue sur le Web. La Suisse, «la plus grande maison de retraite du monde»?

«This is so Swiss»… La «typicité» helvétique de ce genre de nouvelle, reprise par la grande presse internationale, n’aura pas échappé à une lectrice du Times de Londres, qui l’a ainsi commentée sur Facebook. Cela offre un regard singulièrement différent de celui qu’on a pu percevoir dans les dithyrambiques articles qui ont inondé les médias étrangers au printemps dernier, au sujet des charmes de Lausanne (et de Genève, d’ailleurs).d

Mais de quoi s’agit-il? Le très prestigieux quotidien britannique explique que les «soirées silencieuses», où l’on danse non pas au son de haut-parleurs mais avec un casque sans fil sur les oreilles, ont donc été interdites – parce qu’elles étaient… «trop bruyantes». Malgré des essais concluants déjà tentés à la piscine de Pully, il relève que ce système, «qui pourrait sembler parfait pour les soirées en extérieur» a pourtant été interdit «à Lausanne, sur les bords du lac de Genève» à la suite de «nombreuses plaintes de voisins».

Lire aussi: Les médias étrangers s’entichent de Lausanne et Genève. Enquête sur un engouement (10.05.2015)

Juste. L’article en question s’appuie entre autres sur une contribution de 20 minutes qui, le 3 février dernier, annonçait que «la police du commerce de la Ville [de Lausanne avait] refusé la tenue de soirées dansantes en plein air où la musique est diffusée dans des casques sans fil». Le journal confirme que «depuis 2014, de nombreuses plaintes du voisinage ont été déposées», comme l’explique la cheffe de la Police du commerce, Florence Nicollier: «Elles concernent les nuisances sonores provoquées par les animations musicales et autres manifestations se déroulant sur les terrasses des établissements situés dans le quartier du Flon et de la place de l’Europe, en particulier celles en toiture.»

Alors, eh bien, oui, «Lausanne a décidé d’interdire ce type d’autorisations extérieures et nocturnes»: «Lors de silent discos, le bruit provoqué par la clientèle n’est pas négligeable.» La BBC, et le Daily Star, qui ont bien lu The Local, le média anglophone des «expats» en Suisse romande, ont aussi jugé la nouvelle suffisamment importante pour la classer parmi les «News From Elsewhere» (d’ailleurs? d’un monde extraterrestre?), en précisant en fin d’article que la décision était «sans appel» et que les danseurs (les «singing partygoers») n’avaient qu’à pas chanter, en quelque sorte. Car «les Lausannois n’ont pas une ouïe supérieure à la moyenne, mais le fait est que les danseurs ne pourraient pas s’empêcher de chanter – apparemment très fort – jusqu’à l’aube», écrit Libération.

Lire aussi: Silent disco: danser au rythme du silence («L’Hebdo», 09.10.2014)

Dans le genre «comment le monde entier se moque gentiment de nous», on ne fait guère mieux. Bien que «le concept existe partout en Europe». Le quotidien gratuit explique qu’on équipe «les participants […] pour qu’ils soient directement reliés, par le système Bluetooth, au DJ […]. Un événement silencieux qui n’aurait pas dû gêner le voisinage désirant se coucher tôt.» Ce que remarque également, dans sa défrisante logique, le Diário de notícias de Lisbonne. La communauté portugaise d’Helvétie en rit encore.

Le couperet est donc tombé. Il s’inspire de celui d’une municipalité hautement symbolique de la gloire pérenne de la musique, celle de Salzbourg, «qui avait refusé une soirée similaire en 2014 parce que, comme l’a grommelé son maire Heinz Schaden, «les jeunes gens restent debout jusqu’à 4 heures du matin ou même plus tard le week-end. L’été, les gens dorment avec leur fenêtre ouverte et le bruit – même d’une silent disco – les réveille.» Conclusion du Monde, qui s’est aussi intéressé au sujet: «Les discussions pour savoir où se trouve le juste milieu entre le droit de sortir et celui de se reposer chez soi ont lieu dans toutes les villes de la planète. Si l’on en croit les commentaires, lumineux mais frisant l’agonie, […] le déséquilibre est manifeste à Lausanne.»

«Le bruit du silence interdit»

Exemples? «Je ne suis pas un fêtard, loin de là!, écrit un internaute. J’habite au centre-ville et je n’aime pas le bruit! Mais bordel il faut que jeunesse se fasse et en plus vous prélevez 15% d’impôts sur le divertissement, donc pour une soirée silencieuse: l’interdire par peur du bruit??? Vous vous moquez des Lausannois, non?» Ou alors: «La Suisse… la plus grande maison de retraite du monde.» Dans le fond, remarque un troisième, on cherche «ce qu’il faut interdire. Demain, le silence sera interdit, le bruit du silence sera interdit, le silence des morts sera interdit, le chant des oiseaux sera interdit, je préfère mourir pour ne pas faire de bruit».

Le bruit, cependant, est bien là, assourdissant. La National Public Radio (NPR) américaine en a parlé. Les RTL Nieuws néerlandaises en ont parlé. Le site italien Rockit en a parlé. Et l’on en passe. Arrêtons le massacre. Non sans avoir signalé encore que The Independent, lui, suscite ce verdict chez un de ses lecteurs: «La Suisse, pays bien connu pour être le plus ennuyeux du monde, à raison.» Les internautes de 20 Minuten ne sont pas plus tendres. L’un d’entre eux fait cette suggestion simple: «Dans les EMS, à partir de 20 heures, on reste chez soi et on regarde la télévision.» Comme au pays de l’oncle Kim?:

ass

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