Humour et politique

Une tradition américaine bien rodée

En 2008, les candidats à la présidentielle sont apparus plus de 100 fois dans des émissions politico-satiriques

Un sosie d’Hillary Clinton faisant la causette à un bar avec la vraie candidate démocrate à la Maison-Blanche, qui officie comme serveuse. Donald Trump, flanqué de deux doublures, à qui l’acteur Larry David crie «Trump est un raciste». Saturday Night Live (SNL) fait son grand retour sur la scène des émissions politico-satiriques aux Etats-Unis après avoir été en partie marginalisée par Real Time de Bill Maher sur HBO, The Tonight Show de Jimmy Fallon ou encore The Late Show de Stephen Colbert.

Pour un politicien, les Late Night Comedy Shows diffusés en fin de soirée sont un passage obligé tant ils s’inscrivent dans la culture politique d’outre-Atlantique. En 2008, les candidats à la présidentielle y sont apparus plus de 100 fois. Le président américain Barack Obama a participé à sept reprises au Daily Show animé jusqu’en juillet 2015 par l’un des hérauts de la satire politique outre-Atlantique, Jon Stewart. En 2004, le démocrate John Edwards avait annoncé sa candidature à la présidence des Etats-Unis lors du Daily Show. Ces émissions satiriques qui remontent, pour SNL, à 1975, sont désormais plus prisées depuis que les équipes de campagnes électorales cherchent à atteindre un électorat éclaté, surtout les jeunes rétifs à suivre la politique par les canaux traditionnels.

Un Peter Maurer mal préparé

Quand l’égérie du Tea Party Sarah Palin, candidate à la vice-présidence des Etats-Unis, fit irruption dans SNL en octobre 2008, NBC obtint les meilleurs scores d’audience en quatorze ans. Selon une enquête menée par le Pew Research Center en janvier 2016, les émissions politico-satiriques sont une source d’information pour trois démocrates sur dix, pour 16% des républicains et 25% des indépendants. Les 18-29 ans sont 6% à estimer que les émissions satiriques du soir sont celles qui leur permettent de s’informer au mieux sur la présidentielle 2016. Mais la concurrence des médias sociaux est forte. Ces derniers représentent la principale source d’information sur la campagne électorale pour 35% des 18-29 ans.

Participer à un tel show n’est pas sans danger. En décembre 2009, le Daily Show avait invité l’ambassadeur suisse auprès de l’ONU à New York Peter Maurer. Mal préparé et visiblement mal informé sur l’esprit de l’émission, le diplomate s’était décomposé quand John Oliver lui posa une question au sujet de la neutralité et d’Hitler. En 2014, la ministre américaine de la Santé Kathleen Sebelius avait été malmenée par Jon Stewart laminée après le lancement raté du site Internet pour la mise en œuvre d’Obamacare. Bien qu’ils cherchent à être plus ou moins équilibrés, les shows satiriques sont plutôt à gauche. Mais là aussi, les choses changent. Le 12 mars prochain, la chaîne conservatrice Fox News va lancer son émission satirique de fin de soirée Party Over here.

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