Ecologie

De l’huile de friture pour éclairer le stade de St-Etienne

La mythique enceinte de Geoffroy-Guichard, qui accueille la semaine prochaine le FC Bâle, va utiliser de l’huile recyclée en biodiesel pour ses groupes électrogènes. Premier coup de projecteur sur cette innovation le 14 juin, à l’occasion de l’Euro de foot

Le football, surtout pratiqué à haut niveau, n’a jamais été très écolo. Pelouses grandes consommatrices d’eau et nourries aux pesticides, éclairages surpuissants, stars qui parfois voyagent en jet privé, sans compter ces centaines de milliers de supporters qui toute l’année prennent la route pour suivre leur équipe. Après la COP21 organisée à Paris en décembre dernier, le sport le plus populaire au monde a-t-il été sensibilisé par la nécessité impérieuse de mieux traiter la planète? Si le covoiturage ou l’autobus pour se rendre au stade demeurent des modes de déplacement peu prisés – le match commence dans la voiture entre ami(e) s –, les temples du football font en tous les cas indéniablement des efforts et commencent à s’adapter à l’urgence climatique.

Panneaux photovoltaïques, pelouses synthétiques, trams ou bus gratuits pour le public, moins de flyers distribués, voiturettes électriques pour l’entretien, gobelets consignés etc. Le légendaire stade Geoffroy-Guichard de Saint-Etienne, surnommé le «Chaudron», et qui accueillera la semaine prochaine le FC Bâle pour un match de l’Europa League avant d’organiser en juin prochain quatre rencontres de l’Euro 2016, est à cet égard parmi les meilleures élèves en Europe et le numéro un en France en ce qui concerne le photovoltaïque, l’isolation thermique, la récupération de l’eau de pluie ou encore des déchets alimentaires pour le compostage.

Collecte à large échelle

Mais le club forézien a décidé d’aller plus loin en se lançant dans un projet inédit de biodiesel créé à partir d’huile de friture pour éclairer son stade. Et c’est tout à fait sérieux. La métropole de Saint-Etienne, propriétaire de l’enceinte, va collecter cette huile dans la restauration collective, les restaurants privés et chez les particuliers via un système de déchetterie mobile qui sera fonctionnelle dès mars dans l’agglomération. Cette huile alimentera le groupe électrogène utilisé les soirs de matchs avec une mise en route prévue le 14 juin 2016, jour de la première rencontre de l’Euro dans la cité stéphanoise.

«Dans notre région, nous ne faisons pas grand chose des huiles de friture, qui sont retraitées en Allemagne et en Espagne. Il nous a paru un peu stupide de dépenser des milliers de litres de gasoil pour envoyer ces huiles à l’étranger. La valorisation d’un litre d’huile évite en effet le rejet de 3 kg de CO2 dans l’atmosphère», explique Sylvie Fayolle, vice-présidente de Saint-Étienne Métropole en charge du développement durable. Une association d’insertion Ondaine Agro basée dans le même département qui valorise déjà les déchets de pain pour les transformer en nourriture animale sera chargée de recycler ces huiles de friture. Dans l’immédiat, 100 000 litres seront nécessaires pour produire annuellement le biodiesel nécessaire pour éclairer le stade Geoffroy-Guichard. Mais l’idée est de doubler ce chiffre afin d’utiliser le biodiesel pour alimenter aussi les chaufferies des bâtiments municipaux. Le coût du projet qui s’élève à 170 000 euros sera en partie couvert par une subvention reçue par les autorités au titre de la labellisation «territoire à énergie positive» décernée par le Ministère de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie.

Huile recyclée à Genève

En Suisse, sept millions d’huile de friture sont utilisées tous les ans. Matthieu Raeis, chef du service des déchets à l’Etat de Genève explique: «Celles qui sont déposées par les particuliers dans les points de collecte sont incinérées parce qu’il existe un risque de mélange entre huile de consommation et huile de vidange. Par contre, les 400 tonnes d’huiles de restauration récupérées tous les ans sont recyclées en biodiesel». Les entreprises, de manière générale, ont compris qu’une seconde vie pouvait être accordée à ce déchet. Chez McDonald’s Suisse, on recycle l’huile de friture depuis une quinzaine d’années.

En 2015, 497 tonnes de biodiesel ont pu être produites à partir de 550 tonnes d’huile de friture à Laupen (BE) par R&P Bioenergie, partenaire de la chaîne de restauration rapide. Seize camions de la firme roulent avec ce biodiesel. A Domdidier (FR), la société MP biodiesel recycle un million de litres d’huiles végétales usagées. «Nous vendons notre production de biodiesel essentiellement à des agriculteurs avec des prix à la pompe de 20 centimes moins cher qu’ailleurs», indique Jean-Luc Pellaux, un de ses administrateurs.

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